Franco-Ontarian figures

Fulgence Charpentier (1897-2001)

Fulgence Charpentier / Photographe inconnu, vers 1940. Tiré du manuscrit de François-Xavier Simard, en collaboration avec Denyse Garneau, Fulgence Charpentier (1897-2001), La mémoire du siècle, Ottawa, Vermillon, 2004. (à paraître).
Fulgence Charpentier / Gilles Benoit, Le Droit, 1983. Université d'Ottawa, CRCCF, Fonds Le Droit (C71), Ph92-4/140283FUL31

Tout petit, Fulgence Charpentier regardait, rêveur, les grands voiliers passer sur le fleuve Saint-Laurent. D’où venaient-ils ? Où allaient-ils ? Il rêvait à ce qui se trouvait de l’autre côté de l’océan, en Europe, en Afrique.

Fulgence Charpentier voit le jour à Sainte-Anne-de-Prescott, dans l’est de l’Ontario, le 29 juin 1897. Trois ans plus tard, en 1900, la famille s’installe à Montréal. Enfant précoce, il sait lire avant de mettre le pied à l’école. « Quand, à huit ans, j’ai acheté Les Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet plutôt que du chocolat, comme les enfants de mon âge, mes parents étaient bouleversés! », expliquait-il en 1997.

De 1910 à 1917, il est étudiant au Séminaire de Joliette. À la fondation du quotidien Le Droit, en 1913, il est apprenti journaliste bénévole dans le tout premier édifice du journal construit par son père, Josaphat. Il obtient son baccalauréat ès arts en 1917.

En 1915, le journal Le Devoir lance un concours de rédaction dans lequel les jeunes sont invités à raconter leurs vacances d’été. Fulgence termine deuxième et voit son texte publié dans le journal. « Puisque je suis capable de me faire imprimer, je vais leur demander une job! » pense-t-il. Fonceur, il se fait embaucher durant deux étés, couvrant le port de Montréal. Son salaire : 20 $ par semaine.

À 20 ans, à peine sorti du collège, Fulgence Charpentier s’enrôle dans l’armée. Parfaitement bilingue, il devient interprète. Toutefois, la Première Guerre mondiale tire à sa fin. Il ne prendra jamais les armes. Il s’oriente vers le droit et fait son cours à la faculté d’Osgoode Hall de l’Université York, à Toronto, en 1920.

On suggère alors au jeune homme de poser sa candidature au ministère des Affaires extérieures, à Ottawa. Sans succès. En 1922, il déclare vouloir « faire du journalisme par amour pour l’écriture et pour défendre la cause du français ». C’est donc par une voie un peu détournée que Fulgence Charpentier devient correspondant parlementaire pour le journal Le Droit (1922-1925), le quotidien français d’Ottawa. Il collabore aussi au Devoir, à La Presse, au Soleil et au Canada (1922-1930) envoyant souvent ses textes à Montréal par le train de nuit.

Pendant quelques temps, il est chef de cabinet de l’honorable Fernand Rinfret, secrétaire d’État. Il travaille comme chef des Journaux français de la Chambre des communes à partir de 1936.

Lorsque la Deuxième Guerre mondiale éclate, un branle-bas de combat secoue la capitale du pays. Pour éviter que des informations parviennent à l’ennemi, les journaux et les lettres des prisonniers de guerre doivent être censurés par le gouvernement. Fulgence Charpentier devient chef du Bureau de la censure canadienne. Membre de comités top secret, il connaîtra à l’avance la décision de larguer la bombe nucléaire sur le Japon.

Une fois la paix rétablie, il entre au ministère des Affaires extérieures en 1947. Fulgence Charpentier se dirige vers Paris, où il devient haut fonctionnaire à l’ambassade canadienne comme attaché d’information et de relations culturelles (1948-1953). Son sens des affaires étrangères et de la diplomatie lui permettent de grimper les échelons rapidement. Il se rend en Uruguay et au Brésil (1953-1957) comme chargé d’affaires et en Haïti (1957-1960). Dès 1962, le gouvernement canadien lui confie la mission d’installer les premiers liens diplomatiques avec l’Afrique.

Il est nommé ambassadeur au Cameroun, au Gabon, au Tchad, en République centrafricaine et au Congo-Brazzaville, avec résidence à Yaoundé. À l’époque, les relations politiques du Canada sont encore embryonnaires. Le Cameroun est choisi comme première étape simplement parce que les deux pays ont leur place côte-à-côte aux Nations unies. « Ma connaissance de l’Afrique était alors plus livresque que pratique, à part l’Algérie. Je n’avais jamais mis les pieds ailleurs dans le reste du Maghreb », expliquera t-il.

À son retour au pays, Fulgence Charpentier occupe le poste d’adjoint au rédacteur en chef du journal Le Droit. Il accepte ce qu’il croit être un dernier mandat : les relations de presse pour l’Exposition universelle de 1967, à Montréal. L’Expo 67 connaît un succès phénoménal. Le sentiment du devoir accompli, Charpentier envisage une retraite bien méritée.

C’était sans compter sur Marcel Gingras, alors rédacteur en chef du journal Le Droit, qui lui offre une chronique politique hebdomadaire en 1968. Incapable de résister à la tentation, le nouveau retraité reprend le collier. Tout à fait bénévolement! Il n’acceptera un salaire que 20 ans plus tard.

Chaque semaine, il lit des dizaines de journaux et de magazines, s’interrogeant sur l’actualité internationale. Puis, il s’installe devant une feuille de papier et écrit son texte, à la main, avant de le retranscrire à la machine à écrire. Fulgence Charpentier ne s’est jamais mis à l’ordinateur, expliquant que, avec l’ordinateur, il fallait appuyer sur plusieurs touches avant de commencer à travailler. Avec la machine à écrire, suffit de glisser une feuille dans la machine et de commencer!

En 1997, Le Monde publie un hommage au journaliste centenaire : « Honneur à Fulgence Charpentier, le centenaire qui prouve que le journalisme n’use que si l’on ne s’en sert pas. Et s’il devait en connaître brutalement le mot de la fin, ce qu’on ne lui souhaite évidemment pas, qu’au moins cela se fasse à la Molière, sur scène, à son bureau, le nez dans sa dernière chronique. »

Affaibli par une pneumonie, celui qui a conduit sa voiture jusqu’à l’âge de 99 ans signe sa dernière chronique dans Le Droit à 101 ans. À défaut d’un départ dramatique, le doyen des journalistes de la planète a quitté ce monde entouré des siens, à l’Hôpital d’Ottawa, dans la nuit du 5 au 6 février 2001, à l’âge de 103 ans.

Au cours de sa vie, il a été directeur littéraire pendant deux ans de l’Institut canadien-français d’Ottawa et longtemps président de l’Alliance française d’Ottawa et vice-président de l’Association internationale de la solidarité francophone à Paris. Il a aussi été élu conseiller municipal puis nommé commissaire à la Ville d’Ottawa et président de la Tribune de la presse à Ottawa en 1927. Il reçoit un doctorat honorifique de l’Université Laval en 1939 et il est décoré de l’Ordre du Canada en 1978. Il est promu Officier de cet Ordre en 1999. En 1997, il est décoré de l’Ordre de la Pléiade par l’Association internationale des parlementaires de langue française.

Né avant l’invention de l’automobile, avant la radio, avant la théorie de la relativité et avant le naufrage du Titanic, Fulgence Charpentier affirmait qu’il souffrait quand il ne savait pas ce qui se passait dans le monde. Lors de son 100e anniversaire de naissance, il avait souhaité vivre jusqu’en 2001 : «  Si je vis encore quatre ans, jusqu’en 2001, je serai passé au travers de trois siècles. Je vais faire l’effort. » Une dernière fois, mission accomplie.

Marié à Florence Gagnon en premières noces et à Marie-Louise Dionne en secondes noces, il est le père de six enfants.

Sources : notice biographique reproduite avec permission de la revue Infomag, vol. 4, no 5, 2001, avec ajouts biographiques de Jean Yves Pelletier.


Orientation bibliographique sur Fulgence Charpentier :

Dufresne, Charles et al., Dictionnaire de l’Amérique française : francophonie nord-américaine hors Québec, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 1988, p. 82.

La revue Infomag, Ottawa, vol. 4, no 5, 2001.

Simard, François-Xavier, en collaboration avec Denyse Garneau, Fulgence Charpentier (1897-2001), La mémoire du siècle, Ottawa, Vermillon, 2004. (à paraître).

PARTENAIRES