Historique de la Nouvelle France

Quelques lieux de mémoire de la Nouvelle-France en Ontario

Le fort et la seigneurie Frontenac
Emplacement : Kingston

Le premier fort qui fut construit par le gouverneur Frontenac était une construction de bois érigée en 1673. Le bâtiment actuel fut construit par la suite et il demeura propriété française jusqu’en 1758 alors qu’il tomba aux mains des Britanniques. Le fort servit de base secondaire aux forces anglaises durant la Révolution américaine et pendant la Guerre de 1812. Il fut ensuite abandonné jusqu’en 1873, année au cours de laquelle il fut à nouveau mis en opération pour accueillir des soldats chargés de préparer l’arrivée des premiers Loyalistes dans la région. Le fort Frontenac abrite aujourd’hui le Collège de commandement et d’état-major des Forces terrestres canadiennes. Le fort et l’ancienne seigneurie qui l’entoure sont parmi les plus beaux vestiges de la Nouvelle-France sur le territoire ontarien.

Sources : Archives nationales du Canada. Crédit : C-006017 (Détails)

Source : « Toronto during the French Régime », 1965. Crédit : Percy J. Robinson (Détails


Le fort Douville
Emplacement : Toronto


Le fort Douville, qui fut le premier poste de traite établi dans la région de Toronto, fut érigé en 1720. Ce fort était entouré d’une double palissade de bois. Construit sur le promontoire de la rivière Humber, le fort Douville fut également le premier édifice érigé sur le territoire de l’actuelle ville de Toronto. Il fut abandonné en 1730.



Le fort de Portneuf
Emplacement : Toronto


Ce fort fut construit en 1749 par le chevalier de Portneuf à l’embouchure de la rivière Humber. Son rôle principal, à l’instar de la majorité des forts de la région, était de servir de poste de traite. Ce fort connut tant de succès que, trois mois après sa construction, toutes les marchandises qui y avaient été emmagasinées furent vendues et la construction d’un plus grand fort fut entreprise, à savoir le fort Rouillé.

Source: Société d'histoire de Toronto

Le fort Rouillé
Emplacement : Toronto


Baptisé en l’honneur du ministre français des colonies de l’époque, le fort Rouillé fut érigé en 1750 au bord du lac Ontario, sur le site actuel de la ville de Toronto. Appelé communément fort Toronto par les colons, ce fort faisait partie de la chaîne de forts français qui s’étendait du fleuve Saint-Laurent jusqu’au golfe du Mexique. Pendant près de neuf ans, le fort Rouillé servit au commerce des fourrures avec les nations amérindiennes des alentours. Sa première mission était d’ailleurs d’assurer un support au commerce des fourrures le long des rivières qui se déversent dans le lac Ontario. Le fort Rouillé ne fut jamais un point stratégique important pour les Français et n’abrita jamais plus qu’une poignée de soldats, et ce même durant la guerre de Sept Ans. Après la perte de Québec et le siège du fort Niagara, les 15 soldats qui étaient alors en poste au fort Rouillé le brûlèrent et se replièrent sur Montréal. Les ruines du fort demeurèrent un point important pour les Canadiens qui continuèrent à s’adonner au commerce des fourrures pendant plusieurs années. Aujourd’hui, le site du fort Rouillé est occupé par l’Exposition nationale du Canada. En 1878, un obélisque de pierre fut érigé sur l’ancien site du fort et, en 1984, les ruines du mur qui entourait le fort furent retrouvées et déterrées.

Source : Collection de la ville de Toronto. Crédit : F.S. Challener, 1928 (Détails)


Le fort Niagara
Emplacement : Youngstown (New York)


Situé à l’embouchure de la rivière Niagara, ce fort fut le troisième construit sur le lac Ontario. Érigé en 1687, il accueillit dès sa fondation une garnison de cent hommes. Il fut pris par les Anglais en 1759.

Source : Expomediatour

Musée Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons
Emplacement : Midland


Situé sur le territoire de l’ancienne Huronie, ce musée commémore l’établissement de la mission jésuite en cette contrée au 17e siècle. Les Jésuites s’installèrent en Huronie sous les conseils de Champlain qui voyait en l’évangélisation la première étape de la colonisation des populations locales. Fidèles aux préceptes de leur ordre, les Jésuites croyaient qu’il fallait d’abord instruire les Hurons. Sans base fixe, les pères jésuites voyageaient de village en village et s’efforçaient d’apprendre la langue et les coutumes de la nation huronne, tout en prêchant sans relâche la religion catholique. Le supérieur des Jésuites, le père Jérôme Lalemant, exprima le désir d’avoir une construction séparée, en dehors des villages autochtones, qui servirait de retraite à ses missionnaires. C’est ainsi qu’en 1639, les Jésuites et des travailleurs laïques venus de France implantèrent la mission qui prit le nom de Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons. Bien qu’elle ne mit pas de temps à devenir autonome, chose qui représentait à l’époque un exploit pour un établissement isolé de Québec, l’entreprise jésuite prit fin dix ans plus tard. En effet, les missionnaires, leurs auxiliaires et les Hurons qui s’étaient convertis durent abandonner la mission, car ils étaient harcelés par les Iroquois. Les Hurons s’installèrent alors à l’île d’Orléans où leur communauté fut une fois de plus détruite par les Iroquois. Ils s’installèrent ensuite à la Jeune Lorette. Aujourd’hui, le site de Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons est devenu un musée relatant la vie des missionnaires jésuites et des Hurons à l’époque de la mission.

Source : www.saintemarieamongthehurons.on.ca

Midland
Emplacement : Midland


Au cœur de l’ancienne Huronie, la ville de Midland s’est efforcée de promouvoir son patrimoine historique. On y trouve d’abord le musée régional Huronia ainsi qu’une reconstitution d’un village huron-ouendat. De plus, la ville s’est dotée d’une série de murales à caractère historique illustrant divers moments de son histoire, allant de l’établissement de la mission jésuite Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons jusqu’à l’arrivée du chemin de fer.

Source : www.francoroute.on.ca

Le site de la première messe en Ontario
Emplacement : Lafontaine


 

Source : L’église Sainte-Croix de Lafontaine.
Photo : Daniel Marchildon (Détails)

La première messe jamais dite en Ontario fut célébrée le 12 août 1615 par le père récollet Joseph Le Caron près du territoire de Lafontaine. On trouve aujourd’hui à Penetanguishene, près de Lafontaine, deux statues d’anges qui furent érigées en 1921 pour commémorer cette fameuse première messe. De plus, l’église Sainte-Croix de Lafontaine arbore, depuis 1999, une verrière représentant cet évènement historique.

Source : www.francoroute.on.ca

Le parc Riverain
Emplacement : le long de la rivière des Français


Ce parc naturel provincial longe la rivière des Français de sa source au lac Nipissing à son embouchure dans la baie Georgienne. Cette région comprend des ressources historiques et archéologiques importantes. Champlain lui-même parcourut cette rivière lors de son voyage en Huronie en 1615. Le parc offre à ses visiteurs une géographie surprenante, qui est un bon exemple du réseau fluvial façonné par la glaciation du Wisconsin. Hébergement, randonnée pédestre ou parcours maritime en canot, le parc Riverain offre ce genre d’activités aux touristes qui sont intéressés par la nature.

Source : Le Réseau de rivières du patrimoine canadien

Le parc provincial Samuel-de-Champlain
Emplacement : Mattawa


Ce parc provincial fut nommé en l’honneur de Samuel de Champlain qui a remonté la rivière Mattawa lors de son second voyage en territoire ontarien. Situé aux abords de la rivière Mattawa, le parc offre aux visiteurs une variété de points d’intérêt, de sentiers pédestres et cyclistes.

Mattawa
Emplacement : Mattawa


Ce village situé près de la rivière Mattawa arbore plusieurs signes de la présence française. Trois croix y sont érigées, mais leur origine est une énigme. Par contre, selon la croyance populaire, elles dateraient de 1686 et elles auraient été érigées au cours d’une expédition menée par le chevalier de Troyes qui, semble-t-il, désirait marquer le croisement de l’Outaouais et de la Mattawa. Les croix ont à maintes reprises été restaurées depuis l’époque où elles furent érigées.

Source : www.francoroute.on.ca

L’île aux Allumettes
Emplacement : sur la rivière des Outaouais, près de Pembroke


C’est à l’île aux Allumettes que se termina, en 1613, le premier voyage de Champlain en Ontario. Aujourd’hui, l’île est dotée de deux pistes, originalement conçues pour les vélos, mais adaptées aux voitures, qui permettent aux visiteurs de parcourir l’île et de tirer avantage des magnifiques paysages et panoramas qui y sont offerts. N’oubliez pas de vous rendre à Chapeau, principal village de l’île, où on peut admirer l’église Saint-Alphonse-de-Liguori.

Source : www.francoroute.on.ca

Le parc provincial Algonquin
Emplacement : Whitney


Ce parc est composé de crêtes rocheuses, de terres couvertes d’une forêt d’érables et de milliers de lacs. Les voies d’accès par voiture y sont rares et le parc est plus facilement visité à pied ou en canot. Il offre un grand nombre d’activités de plein air et de camping.

Source : www.ontarioparks.com/french/

La pointe Nepean et les chutes Rideau
Emplacement : Ottawa


Les chutes Rideau furent baptisées par Samuel de Champlain qui les découvrit lors de son premier voyage en sol ontarien. Situées près du centre-ville de la capitale, elles sont faciles d’accès et on y a aménagé des points d’observation. La pointe Nepean, quant à elle, arbore un monument érigé à la mémoire de Samuel de Champlain.

Source : TRUDEL, Marcel. Initiation à la Nouvelle-France. Holt, Rinehart et Winston, Montréal, 1968. 322 p.

Source : Les chutes Rideau, Collection des Archives nationales du Canada. Crédit : C-3853 (Détails)


La seigneurie de la Nouvelle-Longueuil (Pointe-à-L’Orignal)
Emplacement : Comtés unis de Prescott et Russell


En 1674, la Compagnie des Indes occidentales concéda la seigneurie de la Pointe-à-L’Orignal au major François Prévost de Québec. Le domaine passa ensuite aux mains de la famille Soulanges avant de devenir, par voie de succession, propriété du seigneur Joseph de Longueuil en 1778. C’est sous la direction de ce dernier que le territoire fut finalement habité alors que le seigneur concéda des terres à des colons entre 1784 et 1790. Les premiers hommes à venir s’y installer furent Joseph LaRoque-Brune et Raymond Duffourt.

En 1796, le seigneur de Longueuil vendit la seigneurie à Nathaniel Treadwell, un Américain qui céda des portions de terre à des parents et amis dès 1798. Cette année-là, le nouveau propriétaire fit construire une scierie et un moulin à farine pour accommoder les habitants. En 1816, la ville fut dotée de tribunaux et d’assises trimestrielles. Cependant, ce n’est qu’en 1825 que fut construit le palais de justice. En 1861, la partie centrale de l’édifice, de style néo-classique, fut aggrandie et il s’agit encore aujourd’hui du plus ancien palais de justice qui existe dans la province. En outre, on trouve à L’Orignal plusieurs bâtiments anciens qui témoignent du fait que la localité assume depuis longtemps un rôle important dans cette région de l’Ontario.

Source : www.francoroute.on.ca

La chute à Blondeau
Emplacement : Chute-à-Blondeau

Lors de sa première remontée de la rivière des Outaouais en 1613, Samuel de Champlain fit escale près de cette chute. Selon une légende populaire, ce serait lui qui aurait nommé cette cascade en l’honneur d’un vieil ami de France nommé Blondeau. Toutefois, il semble que cette légende soit fausse et que Blondeau était plutôt un cultivateur qui habitait près de la chute et qui aurait grandement contribué à l’économie du village au début du 19e siècle.

Source : www.francoroute.on.ca

Le parc provincial Voyageur
Emplacement : Chute-à-Blondeau


Ce parc fut nommé en mémoire du passage des voyageurs qui remontaient la rivière des Outaouais lors de leurs voyages de commerce et de leurs explorations. Longeant la rivière des Outaouais, ce parc est l’un des attraits naturels les plus importants de l’Est ontarien. De plus, il est situé à proximité du site de la bataille du Long-Sault qui opposa les Français, dont Dollard des Ormeaux, aux Iroquois. De nos jours, le site du combat est englouti par la rivière.

Source : www.ontarioparks.com/french

Saviez-vous que...

Voyages de Champlain

Saviez-vous que Samuel de Champlain fit son premier voyage en Nouvelle-France en tant que cartographe ?

Saviez-vous que les survivants hurons se sont installés près de Québec après la destruction de la Huronnie et que leurs descendants y sont toujours ?

Saviez-vous que les chutes Rideau portent ce nom depuis que Champlain les a aperçues pour la première fois ?

Explorateurs

Étienne Brûlé : Saviez-vous que le premier européen à mettre les pieds sur le territoire ontarien, Étienne Brûlé, fut aussi le premier français à s’allier à une offensive anglaise ?

Pierre LeMoyne d’Iberville : Saviez-vous qu’Iberville avait seulement 25 ans lorsqu’il se vit confier le commandement des postes de traite de la Baie d’Hudson ?

Lamothe-Cadillac : Saviez-vous que le fondateur de la ville de Détroit, le sieur de Lamothe-Cadillac, passa une année à la Bastille ?

Us et coutumes

Saviez-vous que les colons, même s’ils devaient manger une nourriture riche, ne cultivaient pas de pommes de terre ?

Saviez-vous qu’il n’y avait pas vraiment de costume typique du colon en Nouvelle-France, malgré l’image populaire de l’habitant coiffé d’un bonnet et portant la ceinture fléchée ?

Saviez-vous que les congés religieux étaient beaucoup plus nombreux à l’époque de la Nouvelle-France que maintenant et que cela posait un problème aux cultivateurs ? Saviez-vous que les habitants des villes utilisaient rarement la charrette pour se déplacer ?

Saviez-vous que les criminels condamnés à mort devaient attendre le jour annuel des exécutions ?

Saviez-vous qu’avant 1647, les cultivateurs devaient travailler avec des outils manuels, car le cheval n’avait pas encore été introduit en Nouvelle-France ?

Saviez-vous que les gens de métier représentaient la majeure partie des immigrations en Nouvelle-France ?

Saviez-vous que les colons n’avaient presque pas d’instruments de musique et que le violon ne devint populaire chez les Canadiens français qu’au XIXe siècle ?

Saviez-vous que l’intérêt des Canadiens français pour les jeux de carte remonte aux temps de la colonie ?

Les us et coutumes au temps des pionniers

La vie quotidienne


Le régime seigneurial

Le partage et la distribution des terres en Nouvelle-France étaient essentiellement assurés par le régime seigneurial. Les représentants du roi confiaient le développement d’un domaine à un individu - il pouvait s’agit d’un noble ou d’un roturier - ou à une communauté religieuse. Ce domaine, qui était nommé une seigneurie, était la propriété du seigneur, et celui-ci devait le rétrocéder s’il n’y favorisait pas la mise en valeur. En contrepartie de ce domaine, le seigneur avait l’obligation de soutenir les efforts de colonisation de la Nouvelle-France en concédant à son tour des terres (censives) aux colons (lesquels étaient appelés censitaires). Le seigneur et le censitaire étaient liés par une série de droits et de devoirs. À titre d’exemple, le censitaire devait payer au seigneur une rente annuelle, le cens, Il devait aussi moudre son grain au moulin du seigneur et lui remettre la quatorzième partie de la farine moulue. Par surcroît, il lui fallait également payer au seigneur, au moment de l’achat d’une terre déjà concédée, une taxe représentant le douzième de la valeur de l’achat. Quant au seigneur, outre le fait qu’il étaient obligé de concéder des terres, il devait notamment construire un moulin et en assurer l’entretien.

Les premières seigneuries apparurent le long du fleuve Saint-Laurent, à proximité de Québec, du poste de Trois-Rivières et de Ville-Marie (Montréal). Après 1670, de nouvelles seigneuries furent fondées dans les régions du Richelieu, du lac Champlain et de la Beauce. Lorsque la colonie tomba aux mains des Britanniques en 1760, les quelque 65 000 habitants de la Nouvelle-France étaient répartis à travers 250 seigneuries. Si la quasi-totalité des seigneuries étaient situées sur le territoire qui constitue maintenant le Québec, il n’en demeure pas moins que deux d’entre elles se trouvaient sur le territoire de l’Ontario actuel. En effet, il y en avait une première là où aujourd’hui existe le village de l’Orignal (à savoir la seigneurie de la Nouvelle-Longueuil) et une seconde dans la région de la ville de Kingston (il s’agissait de la seigneurie Frontenac).

La vie urbaine

Les villes de l’époque étaient construites sans plan d’ensemble. Les rues étaient tortueuses et étroites et les bâtiments y étaient souvent mal alignés. Les enseignes des boutiques et des marchands, la neige, l’eau et la boue constituaient des obstacles à la circulation. Les animaux en quête de nourriture pouvaient être aperçus allant de potager en potager. De plus, les voies publiques servaient alors d’égouts et l’on y déversait les eaux sales, les excréments et les déchets ménagers.

Malgré le manque de planification, les villes avaient plusieurs éléments en commun. D’abord, elles étaient toutes dotées d’une place publique. Celle-ci jouait le rôle de lieu de rassemblement social et économique. En effet, c’est à la place publique que s’installait le marché où les paysans venaient vendre les produits de l’élevage, de la chasse et de l’agriculture. C’est aussi à cet endroit qu’étaient affichées les ordonnances et que se rencontraient les habitants pour discuter des évènements récents. En plus de la place publique, les villes comptaient un certain nombre d’édifices publics, soit les églises, les chapelles, les couvents, les écoles, les prisons ainsi que les tribunaux, les casernes et les hôpitaux.

Les villes de l’époque étaient malpropres, voire même insalubres - encore que c’était mieux qu’en France, où la plus grande population rendait la situation plus dramatique. Les citadins jetaient leurs ordures, leurs eaux sales et leurs excréments dans les rues où les animaux côtoyaient les humains, ce qui entraînait la présence de fumiers et d’excréments animaux. Il y régnait une odeur infecte, surtout lors des périodes de chaleur. L’insalubrité des villes eut des conséquences sur leurs habitants et il y eut plusieurs épidémies graves, résultant en un nombre élevé de morts. La pire de ces épidémies eut lieu à Québec en 1702 - 1703. La ville fut frappée par la va-riole et sa population était terrorisée de voir des gens mourir chaque jour pendant plusieurs mois.

L’alimentation

Les premiers colons de la Nouvelle-France durent adapter leurs habitudes alimentaires européennes aux réalités de l’Amérique du Nord. D’abord, ils établirent leur régime sur la consommation du pain. Presque toutes les maisonnées possédaient donc un four à pain. Bien sûr, les familles qui n’en avaient pas pouvaient acheter leur pain du boulanger qui, à son tour, devait fournir à la demande.

Au pain, les habitants de la colonie ajoutèrent des produits potagers tels que des betteraves, des navets, des fèves, du chou, des carottes, du panais, des oignons, de la laitue ainsi que des fines herbes. Il est intéressant de souligner qu’à cette époque, ils ne produisaient ni ne consommaient de pommes de terre. Celles-ci furent introduites dans le régime alimentaire canadien beaucoup plus tard. Les colons adoptèrent aussi le maïs, céréale qui était utilisée par les autochtones. En outre, les importations et l’élevage procuraient du bœuf et du lard en abondance. Au surplus, lors des jours d’abstinence imposés par l’Église, les habitants mangeaient de l’anguille, de la morue salée et différents poissons d’eau douce. Du reste, il est à noter que dès la fin du 17e siècle, la table du colon de la Nouvelle-France était souvent mieux garnie que celle de l’habitant français.

Les colons avaient recours à diverses techniques de conservation des aliments. La première et la plus importante consistait à sécher et saler les aliments comme les viandes et les poissons. Le lard salé était une denrée qui faisait partie du régime alimentaire normal des colons. Cette technique n’était pas neuve puisqu’elle date de l’Antiquité. Malgré tout, elle était encore jugée des plus efficaces à l’époque. On pouvait aussi conserver les viandes et poissons grâce au vinaigre et à l’huile.

Une autre technique de conservation utilisée par les colons français était le fumage. Cette technique était moins commune chez les habitants, mais était utilisée pour les viandes apportées dans les voyages d’expédition. L’hiver, les habitants devaient s’assurer d’avoir des réserves de nourriture suffisantes afin de ne pas dépendre de la chasse qui pouvait être très mauvaise en cette saison. De plus, les colons tiraient avantage du froid comme agent de conservation. En effet, ils emmagasinaient la nourriture dans des caves (soit des trous dans le plancher), afin que les aliments restent gelés, et les en retiraient au besoin. La farine, quant à elle, était conservée dans des greniers.

Les vêtements

Les vêtements utilisés par les habitants de la Nouvelle-France étaient pratiques et devaient répondre aux besoins imposés par le climat et, dans une certaine mesure, par les déplacements fréquents. Les colons durent donc apprendre à faire leurs propres vêtements. Ils empruntèrent aux marins mitaines, bonnets ainsi que capots de laine. Ils s’inspirèrent en outre grandement des Amérindiens : ils chaussaient des mocassins, portaient des mitasses et revêtaient des vêtements faits de lin et de chanvre, doublés de fourrures et de peaux animales.

La laine était plutôt rare à cette époque car les éleveurs de moutons avaient du mal à garder leurs troupeaux intacts. Plusieurs moutons devenaient la proie de prédateurs qui vivaient dans les forêts près des fermes. La laine servait surtout à la confection de sous-vêtements qui étaient portés été comme hiver. En effet, la laine a la propriété d’absorber la sueur, ce qui la rendait très utile pour ce genre de vêtements puisqu’elle protège des refroidissements. La fabrication des vêtements revenait aux femmes qui devaient habiller leurs enfants et leur mari. Elles devaient aussi fabriquer des couvertures pour l’hiver.

Bien que l’image de l’habitant vêtu d’un bonnet, d’une ceinture fléchée et de hautes bottes fut popularisée par les Patriotes, il semble qu’il n’y eût pas vraiment d’habit typique pour les colons du Régime français.

Les voyageurs étant des figures marquantes de la Nouvelle-France, il est donc intéressant de décrire les vêtements de ces travailleurs. Ces hommes portaient quelques vêtements typiques tels que les mitasses, le brayet et les mocassins. Les mitasses étaient une sorte de guêtre, faites de drap ou de peau de cerf qui remplaçait les bas en raison de leur grande résistance. Le brayet, vêtement de fabrication indigène, était une culotte courte faite de drap épais et renforcée de cuir au siège et aux genoux. Les mocassins sont des souliers plats, faits de peau de bœuf ou d’orignal très souples et résistants à l’humidité. Ils portaient aussi des gilets de laine aux couleurs attrayantes.

Un canadien dans la neige


La religion

Les colons français étaient vraisemblablement très pieux, respectant avec ferveur les enseignements de la Bible. La religion était au centre de la société, au même titre que la colonisation et le commerce. Toute la vie morale des Canadiens était guidée, voire dictée par les préceptes de l’Église catholique et la religion était parfaitement intégrée à leur mode de vie.

Les sacrements étaient particulièrement importants aux yeux du clergé et tous les fidèles devaient faire baptiser leurs enfants dès la naissance. La pénitence et l’eucharistie étaient fortement encouragées, de même que la prière sous diverses formes : neuvaines, processions, dévotions et participation aux confréries. De plus, les habitants devaient présenter un billet remis par un confesseur afin d’obtenir un contrat de mariage. Ils devaient faire de même à la fête de Pâques.

Bien sûr, personne n’avait le droit de travailler les dimanches et tous devaient assister à la messe. De plus, il y avait une multitude de fêtes religieuses auxquelles les fidèles devaient participer durant l’année. Les fêtes les plus importantes étaient Noël, le jour de l’An, la fête des Rois (Épiphanie) et le Mardi gras.

Noël au Canada


La justice

La France possédait un système judiciaire très bureaucratique. Ce dernier fut implanté en Nouvelle-France, mais moins sévèrement. Bien qu’il y avait un plan très rigide pour toutes les procédures judiciaires en Nouvelle-France, le système y était simplifié.Alors qu’en France on retrouvait plusieurs types de tribunaux, dans la colonie on n’implanta que des tribunaux royaux, lesquels furent instaurés à Montréal, Québec et Trois-Rivières. L’ordonnance civile fut établie dans la colonie en 1667. Basée sur la coutume de Paris, cette ordonnance constitua le code civil de la Nouvelle-France. En 1670, fut instituée la Grande ordonnance, première codification de loi criminelle de la colonie.

En Nouvelle-France, la population était petite, donc plus efficacement encadrée par l’État. Celui-ci y était cependant plus flexible. Les peines n’étaient pas aussi lourdes dans la colonie qu’en France. La torture était pratiquée, mais plus rarement que dans la métropole. De plus, on avait rarement recourt à la peine de mort. Il y avait néanmoins des bourreaux dans la colonie, qui avaient pour tâche, lorsque cela s’avérait nécessaire, d’exécuter les peines physiques. Il s’agissait de la profession la plus honteuse. Ceux qui étaient condamnés à mort étaient pendus. Les pendaisons étaient tenues une fois par année. D’autres peines, moins sévères, pouvaient être appliquées, comme le marquage au fer rouge, le port d’écriteaux par les délinquants ou encore les coups de fouet.

La procédure judiciaire était la même partout en Nouvelle-France, sauf en ce qui concernait les Amérindiens. La justice auprès de ces derniers était un sujet délicat. Avec les Français c’était simple : ils étaient mis en prison. La situation était toutefois plus difficile avec les Amérindiens. En fait, les autorités françaises adoptèrent une attitude très prudente envers ce groupe plus nombreux et dont la collaboration s’avérait essentielle aux Français. En ce sens, il n’était possible de mettre un Autochtone en prison qu’avec l’approbation du conseil amérindien. Ainsi, on jugeait les Autochtones comme extérieurs à la société. Même si les lois françaises prévoyaient des punitions pour les Amérindiens qui commettaient un viol ou un meurtre, dans la réalité, il y avait résolution des conflits « à l’indienne ». En ce sens, conformément à la tradition amérindienne, le coupable d’un crime ne se voyait souvent imposer qu’une amende. L’important pour les autorités françaises était de ne pas contrarier leurs alliés amérindiens afin de conserver de bonnes relations avec ceux-ci.

Le travail

L’agriculture

L’agriculteur disposait d’une saison productive de 4 à 5 mois seulement. Au début du mois de mai, il devait labourer et préparer sa terre pour les semailles. Outre le gel tardif, les fortes pluies, la sécheresse et la grêle pouvaient à tout moment venir ruiner son travail. L’essentiel des travaux étaient organisés en fonction de la récolte du blé. La deuxième plus importante récolte comprenait les fèves et les haricots. Enfin, les légumes du potager, auxquels il convient d’ajouter les têtes de bétail, venaient compléter la production de l’agriculteur.

Les agriculteurs travaillaient dès le levé du soleil et ne s’arrêtaient que lorsque celui-ci se couchait. Chaque habitant possédait une terre qu’il devait défricher et exploiter pour nourrir sa famille. Sur une ferme typique, on retrouvait une maison, une grange, un four à pain, une étable, des animaux d’élevage et un jardin où l’on cultivait le blé. L’habitant devait payer une redevance au seigneur en échange de sa terre. Le paysan devait atteindre un certain niveau d’autarcie, c’est-à-dire qu’il devait être en mesure de nourrir sa famille exclusivement grâce aux fruits de sa terre. Il s’agissait surtout d’une culture de subsistance.

Le travail du cultivateur était difficile et sans répit d’autant plus qu’il devait chaque jour travailler plus fort pour compenser tous les jours où il ne le pouvait pas. Effectivement, durant toute la saison hivernale, il était impossible pour lui de travailler. De plus, en raison des obligations religieuses auxquelles les colons étaient soumis, les paysans ne pouvaient travailler les dimanches, et il existait toute une série de fêtes religieuses durant lesquelles ils ne pouvaient se mettre à la tâche. Il est estimé qu’il y avait quelque 90 jours par année où les habitants ne pouvaient travailler à cause des fêtes et obligations religieuses. Tous les membres de la famille, hommes, femmes et enfants, devaient mettre la main à la pâte et travailler dans les champs.

Avant 1647, les fermiers devaient utiliser des outils manuels pour accomplir leurs travaux. Avec l’introduction du cheval, les équipements fermiers se modifièrent et le travail devint quelque peu moins ardu.

L’hiver était en quelque sorte une saison de repos pour les cultivateurs. En effet, les travaux ménagers pouvaient être effectués avec moins de hâte et les colons s’adonnaient à des travaux simples, comme la fa-brication de meubles et de vêtements. De plus, plusieurs femmes en profitaient pour apprendre la lecture et l’écriture à leurs enfants et parfois à leur mari. Elles veillaient aussi aux devoirs religieux quotidiens. Le nombre élevé de congés imposés rendait difficile la tâche des cultivateurs en ce sens qu’ils avaient du mal à produire plus que ce dont leur famille avait besoin pour survivre.

Les métiers

Les citadins, ne pouvant travailler la terre pour subsister, devaient pratiquer un métier afin de pouvoir gagner l’argent nécessaire pour se nourrir, se loger et s’habiller. Les gens de métier constituaient la majorité des immigrants au 17e siècle. Il existait plusieurs métiers différents au temps de la Nouvelle-France. On note entre autres l’existence du boulanger, du charpentier, du maçon, du cordonnier, du tailleur, de l’enseignant, du magasinier, du meunier, du menuisier, du tonnelier et de l’armurier. Ceux-ci remplissaient parfois pour les citadins des tâches qui, dans les campagnes, étaient accomplies par la famille grâce, en outre, aux ressources de la terre. D’autres pouvaient être des serviteurs payés par les seigneurs, l’intendant ou de riches marchands. Enfin, certains hommes étaient marins, souvent appelés à s’embarquer sur l’un des nombreux voyages maritimes de l’époque.

Les divertissements

La musique

Durant le Régime français, les arts avaient une fonction qui se voulait d’abord et avant tout utilitaire et servaient généralement à l’Église. On sait peu de choses sur la musique. Toutefois, il semble que Jean de Poutrincourt, qui dirigea Port-Royal de 1610 à 1613, était musicien et qu’il agrémentait le service religieux en Acadie de ses compositions. De plus, tout porte à croire que Maisonneuve jouait du luth et que Louis Jolliet connaissait les rudiments de l’orgue. Il est clair, par contre, que la Nouvelle-France ne comptait pas de virtuoses de la musique. La colonie française était plutôt destinée à maximiser le commerce des fourrures et l’agriculture de sorte que toutes les autres activités ne s’avéraient être que les passe-temps de ses habitants. La Nouvelle-France ne fut donc jamais traversée par un courant artistique distinct, mais empruntait plutôt à différents styles que l’on connaissait en France. Les pièces musicales n’étaient donc pas des plus élaborées et servaient surtout à des fins religieuses.

La musique liturgique apparut d’abord à Québec chez les Jésuites et les Ursulines ainsi que dans d’autres congrégations religieuses. À Montréal, ce sont les Sulpiciens qui développèrent la musique liturgique, utilisant des pièces françaises contemporaines. Leur style dominant était le plain-chant musical et les Sulpiciens destinaient cette musique au culte de la Vierge et à la célébration de leur mandat sacerdotal. De plus, les instructions musicales conservées à Montréal rappellent aujourd’hui le rôle pédagogique qui revenait alors aux membres de cet ordre religieux. Les communautés féminines, vouées à la charité et au soin des malades, utilisaient la musique d’une façon beaucoup plus simple et modeste, respectant en cela les règles et constitutions de leurs congrégations.

Toutefois, les marins, les soldats et les ouvriers qui vivaient et travaillaient en Nouvelle-France développèrent un style de musique qui leur était propre, en se basant largement sur les vieux chants d’origine celtique de la Bretagne de même que sur de nombreuses autres vieilles chansons françaises. Dans ces chansons, l’accent était mis sur la réponse de l’auditoire à ce qui était chanté devant eux. On ne retrouvait pas beaucoup d’instruments chez ces hommes. Aussi, assuraient-ils le rythme en tapant du pied. Cette pratique est appelée la podorythmie et est encore largement pratiquée par les groupes et les artistes folkloriques du Québec et du Canada français. Ils utilisaient aussi des instruments simples comme la guimbarde. À l’occasion, l’un d’eux apprenait à maîtriser un instrument à cordes, ce qui donna éventuellement naissance aux fameux « violoneux ».

On entamait de vieilles chansons de la France, des chansons religieuses ainsi que les fameuses chansons à boire et on abordait des sujets reliés à la vie des gens de l’époque, notamment à celle des voyageurs. Les chansons à boire étaient parmi les plus populaires et plusieurs subsistent encore aujourd’hui. On n’a qu’à penser aux airs tels que Le cou de ma bouteille ou Chevaliers de la table ronde. Ces deux chansons semblent, d’ailleurs, avoir une racine commune. On retrouve aussi beaucoup de chansons maritimes qui font allusion à la remontée d’un fleuve ou d’une rivière, et aux jolies femmes dont rêvaient les voyageurs. La pièce de Raoul Roy intitulée C’est dans le mois de mai en est un bon exemple. Le même commentaire s’applique aussi à la chanson La traversée de la Gatineau du groupe Le rêve du diable. Ces deux chansons sont plus récentes, mais leurs racines remontent à la Nouvelle-France.

La vie austère des colons offrait rarement la chance de s’amuser, ce qui explique sans doute, du moins en partie, la popularité des chansons à boire rythmées sur lesquelles les gens aimaient danser lors des rares fêtes. Cette musique simple évolua dans sa simplicité et le répertoire folklorique francophone du Canada dépasse aujourd’hui de loin ce qui se faisait au temps de la Nouvelle-France. Cependant, il n’en reste pas moins que ce répertoire est demeuré fortement attaché à l’esprit des chansons de l’époque coloniale, évoquant des hommes, souvent pauvres, qui exercent un travail difficile, mais aimant la fête et cherchant une jolie femme à marier.

Les fêtes et les jeux

Bien qu’elle était dure, la vie des colons n’était pas seulement occupée par le travail. Les Canadiens de la Nouvelle-France s’adonnaient à plusieurs jeux. De temps à autre, étaient organisées des veillées durant lesquelles se rassemblaient amis, parents, famille et voisins pour s’adonner à des jeux de cartes, pour chanter et pour danser. La fête se tenait dans la plus grande pièce de la maison, soit la cuisine.

À la fête de Noël, tous devaient assister à la messe de minuit, après quoi on se rassemblait dans une maisonnée pour passer la veillée qui se déroulait généralement comme celle décrite plus haut. L’hôtesse y servait en général ses meilleurs plats. La plus importante fête de l’année, par contre, était le jour de l’An. Ce dernier était une fête familiale pour laquelle plusieurs parcouraient de grandes distances afin de pouvoir se réunir en famille. Le matin du jour de l’An, les familles avaient coutume d’aller de maison en maison afin que tout le monde puisse se souhaiter la bonne année. La soirée commençait par un somptueux repas, puis on chantait et on dansait toute la nuit. Au printemps, le temps des sucres meublait les loisirs, alors qu’étaient préparés la tire, le sucre et le sirop d’érable.

Pour ce qui est des jeux, les colons favorisaient les jeux de cartes en groupes. Quelques jeux, comme le piquet, la quadrille et le pharaon sont encore décrits dans la littérature. Nous connaissons aussi le galet et le jeu de billard, on pouvait les trouver dans les cabarets.

Un conteur d'aujourd'hui


Bibliographie

Ouvrages

AUDET, Bernard. Le costume paysan dans la région de Québec au XVIIe siècle. Les Éditions Leméac inc., Québec, 1980.

DOUVILLE, Raymond et Jacques-Donat CASSANOVA. La vie quotidienne en Nouvelle-France. Le Canada de Champlain à Montcalm. Hachette, Canada, 1982.

GAUVREAU, Danielle. Québec, une ville et sa population au temps de la Nouvelle-France. Presse de l’Université du Québec, Québec, 1991.

LACHANCE, André. La vie urbaine en Nouvelle-France. Boréal Express, Montréal, 1987.

WARNANT-CÔTÉ, Marie-Andrée. Les modes de vie en Nouvelle-France dans les années 1600 - 1700. Mondia Éditeurs, Québec, 1991.

SÉGUIN, Robert-Lionel. Les divertissements en Nouvelle-France. Musée national du Canada, Bulletin no 227, Ottawa, 1968.

La traite des fourrures : la saga du coureur des bois et du voyageur

La traite des fourrures est sans contredit l’activité qui assura la fondation et la survie de la Nouvelle-France. Pilier de la colonie, ce commerce ne reposait guère sur une économie monétaire, mais sur un système de troc impliquant, d’une part, des nations autochtones et, d’autre part, les colonisateurs européens. Aucune pièce de monnaie n’étant échangée, les Amérindiens fournissaient peaux et fourrures aux Français qui, en retour, leur donnaient des objets de fabrication européenne tels que des marmites et des couvertures de laine.

Jusqu’au milieu du 17e siècle, les Français firent surtout affaire avec les Hurons et les Algonquins qui se rendaient à Québec, Trois-Rivières ou Montréal y décharger leurs canots remplis de fourrures. Cependant, les guerres entre les Iroquois et les alliés des Français entraînèrent la destruction de la Huronie en 1649 et engendrèrent de lourdes pertes démographiques chez les Algonquins. Ces évènements portèrent un dur coup au commerce des fourrures dans la mesure où Algonquins et Hurons ne venaient plus approvisionner les Français. Par conséquent, au début de l’an 1653, la colonie était au bord de la faillite.

La naissance du coureur des bois

L’année 1653 ramena tout de même l’espoir. On vit alors apparaître un phénomène nouveau, à savoir la « course des bois », au moment où, pour la première fois, de jeunes gens allèrent cueillir les fourrures auprès des peuples autochtones. Cette aventure allait donner naissance au fameux coureur des bois dont la présence se généralisa au milieu de la décennie 1660. Dorénavant, les Français se rendront en canot dans les « Pays d’en Haut » y chercher les fourrures nécessaires à la traite.

De coureur des bois à voyageur

Même s’il contribua à l’expansion territoriale de l’empire, le coureur des bois tomba rapidement en disgrâce : on l’accusait notamment de mener une vie de débauche et de négliger le travail de la terre. Afin de contrôler le nombre de coureurs des bois, les autorités eurent recours à un système de congé accordant la permission de quitter la vallée du Saint-Laurent pour pratiquer la traite. Mais le nombre de congés étant limité, seuls certains coureurs des bois purent travailler en toute légalité. Vers 1680, ces derniers revendiquèrent le titre de voyageur pour se démarquer des coureurs des bois désormais illégaux.

L’apparition de l’engagé

À la fin du 17e siècle, le terme voyageur s’appliquait donc aux anciens coureurs des bois devenus de petits commerçants qui mettaient leur expertise au service des marchands afin de mener les expéditions financées par ces derniers. Avec le temps, l’expression vint cependant à désigner les engagés de la traite des fourrures, salariés qui firent leur apparition vers 1680. En retour d’un salaire spécifié dans un contrat d’embauche, ces jeunes hommes étaient embauchés pour manœuvrer de longs canots faits avec l’écorce du bouleau dans le but d’approvisionner les postes de traite et de rapporter les fourrures dans la colonie.

Scène de traite à Québec, 1628 (Détails)
Crédit : Francis Back, Collection de Musée canadien des civilisations


Ils entreprirent un long voyage...

Que ce soit à l’époque de la Nouvelle-France ou durant le Régime britannique, les voyageurs entreprenaient de longs voyages qui les portaient à des centaines de kilomètres de la vallée du Saint-Laurent. Quittant Lachine au printemps, certains voyageurs empruntaient le fleuve Saint-Laurent et se rendaient dans les environs de Windsor. D’autres remontaient plutôt la rivière des Outaouais en direction des régions nordiques où il est possible de retourner à l’époque du commerce des fourrures en visitant le poste de traite de Moosonee ainsi que les vestiges du fort Moose que la Compagnie de la baie d’Hudson y érigea en 1673.

Cependant, la plupart des engagés partaient pour l’Ouest ou la région des Grands Lacs en suivant la route commerciale formée par les rivières des Outaouais et Mattawa, le lac Nipissing, la rivière des Français et la baie Georgienne. Les adeptes du canot seront heureux d’apprendre qu’ils peuvent revivre l’aventure des voyageurs en parcourant à leur tour la grande route de la traite des fourrures. D’ailleurs, une carte publiée par les Amis du parc du Patrimoine de la rivière Mattawa les aidera à préparer leur périple. Les aventuriers intéressés pourront se la procurer au Parc provincial Samuel-de-Champlain à Mattawa.

Le dur travail de voyageur

Si l’occupation de voyageur permettait de partir à l’aventure, il n’en reste pas moins qu’il s’agissait d’un travail difficile. En effet, les engagés ramaient plus de 15 heures par jour et dormaient - beau temps, mauvais temps - le long des lacs et des rivières. Au surplus, ces travailleurs risquaient de sombrer dans les eaux tumultueuses des rapides et de se rompre les os lors des portages durant lesquels ils transportaient du matériel pesant jusqu’à 80 kilos sur des distances variant de quelques mètres à plus de 30 kilomètres !

Voyageurs à l’aube, Illustration de Frances Anne Hopkins (Détails)
Crédit : ANC C-002773

Le travail des engagés exigeait donc beaucoup de force, de courage et de détermination. Cependant, contrairement à la croyance populaire, les voyageurs n’étaient pas des individus costauds. Les marchands préféraient embaucher de petits hommes afin de réserver davantage d’espace au matériel, augmentant ainsi la rentabilité des expéditions. De plus, en étant petits, les engagés pouvaient ramer confortablement - à un point tel qu’ils organisaient aisément des courses entre les canots.

Que ce soit durant une épreuve ou lors d’une journée régulière, les voyageurs avaient l’habitude de pagayer en chantant. Leurs périples se déroulaient donc au rythme d’airs connus comme À la claire fontaine, C’est l’aviron ou En roulant ma boule. Non seulement cette pratique rendait-elle le voyage beaucoup plus joyeux, mais elle permettait également de fixer la cadence des coups de pagaie. Ainsi, les engagés ramaient en interprétant des chansons qui parlaient notamment de leur style de vie, le commerce des fourrures ayant entraîné l’essor d’une culture propre aux voyageurs.

Sur les traces des voyageurs

Vous voulez marcher dans les pas des engagés de la traite des fourrures ? Notez que le parc provincial Samuel-de-Champlain à Mattawa offre la possibilité d’emprunter un sentier jadis parcouru par les voyageurs. Profitez de votre visite au parc pour vous rendre au Voyageur Heritage Centre afin de contempler un énorme canot d’écorce et de vous familiariser avec le périlleux mode de vie des engagés. Vous poursuivez votre route vers l’ouest ? N’oubliez pas de vous arrêter à l’authentique poste de traite du Musée Sturgeon River House pour vous imprégnez de l’atmosphère du commerce des fourrures. Votre trajet vous amène plutôt dans l’est de la province ? Alors faites escale à Chute-à-Blondeau où les voyageurs, en remontant la rivière des Outaouais, effectuaient un portage pour contourner les rapides du Long-Sault, submergés en 1961 à cause de la crue provoquée par la construction d’un barrage à Carillon. Afin de préserver le coin de nature faisant face aux rapides disparus, le gouvernement ontarien a inauguré le parc provincial Voyageur, commémorant ainsi le passage de milliers d’engagés de la traite des fourrures.

Voyageurs canadiens poussant un canot dans un rapide, Illustration : William Henry Bartlett (Détails)
Crédit : ANC C-008373


La ceinture fléchée

La ceinture fléchée est une longue bande tissée, formant des motifs en pointe de flèche. Sa fabrication à la main nécessite jusqu’à 40 heures de travail. Elle peut atteindre 3,5 mètres de longueur sur 25 à 30 centimètres de largeur. C’est dans la région de Lanaudière que naît la ceinture traditionnelle, dite de l’Assomption, qui a la forme de fléché la plus aboutie, avec son motif en V, une méthode de tissage unique au monde.

Les origines de la ceinture fléchée restent cependant obscures. Selon certains spécialistes, elle serait d’origine amérindienne, la ceinture fléchée traditionnelle étant une imitation des ceintures tressées que faisaient les Amérindiens des Grands Lacs.

La ceinture fléchée est depuis longtemps associée à la traite des fourrures. On sait qu’au XIXe siècle, la compagnie de la Baie d’Hudson l’utilisait comme monnaie d’échange dans son commerce des fourrures avec les autochtones. On sait aussi que l’accessoire en laine coloré devint peu à peu le symbole identitaire des coureurs des bois, des peuples amérindiens et des Métis. Les coureurs des bois du Régime français portaient-ils des ceintures fléchées au XVIIe et au XVIIIe siècle ? Aucun document ne le confirme. La première mention d’une ceinture fléchée apparaissant en 1798 dans les livres de compte de la compagnie de la Baie d’Hudson.

Quoiqu’il en soit, on sait que ces voyageurs aimaient porter de longues ceintures. Ils y accrochaient leur couteau et le sac-à-feu qui contenait la pipe, le tabac, la pierre et le briquet.

L’alimentation des voyageurs

Les membres des voyages d’expédition étaient consciencieux de la quantité d’équipement qu’ils apportaient avec eux dans le canot. Les voyages étaient longs et difficiles. Les voyageurs étaient en excellente forme physique et transportaient jusqu’à 90 kilogrammes d’équipement, de vivres et de marchandises de traite sur leur dos lors des portages. Après tous ces efforts, comment se nourrissaient ces hommes, épuisés par de longues journées ? En fait, lors des voyages, la nourriture transportée devait se conserver facilement et devait être très calorifique. Le lard salé, la viande séchée, la graisse d’ours et les galettes (ou biscuit) semblaient avoir une place de choix dans les repas des voyageurs. On note aussi la présence de fruits séchés et de pois. Parfois, les voyageurs se procuraient des sacs de maïs séché des communautés autochtones et utilisaient la farine pour se faire des galettes. À l’occasion, on chassait les petits gibiers comme le lièvre et le castor ou on mangeait du poisson fraîchement pêché. On imagine bien comment la viande fraîche devait être grandement appréciée des voyageurs puisqu’elle contrait au manque de variété de l’alimentation traditionnelle. N’oublions pas l’eau-de-vie, qui servait à la fois aux voyageurs mais aussi comme produit de traite.

Bibliographie

Ouvrages

DECHÊNE, Louise. Habitants et marchands de Montréal au XVIIe siècle. Montréal et Paris, Plon, 1974. 588 p.

NEWMAN, Peter C. Caesars of the Wilderness : Vol. 2. Company of Adventurers. Markham, Viking, 1987. 450 p.

TRUDEL, Marcel. Histoire de la Nouvelle-France : Vol. III. La seigneurie des Cent-Associés. Tome 1 : Les événements. Montréal, Fides, 1979. 489 p.

Sources électroniques

FOSTER, John E. Voyageur [en ligne], www.thecanadianencyclopedia.com (20 février 2004).

MARSH, James. Canot d’écorce [en ligne], http://www.thecanadianencyclopedia.com (20 février 2004)

Musée virtuel de la Nouvelle-France

Parcs Ontario :

http://www.ontarioparks.com/fr

Les explorateurs

Étienne Brûlé

Étienne Brûlé, émissaire de Champlain

Étienne Brûlé naquit vraisemblablement en 1591 ou en 1592, à Champigny-sur-Marne, près de Paris. En 1608, il suivit Samuel de Champlain jusqu’en Nouvelle-France. Deux ans plus tard, ayant déjà exploré la rivière Richelieu et rencontré des Hurons, à qui il s’était allié contre les Iroquois, Champlain commença à s’intéresser de plus en plus à l’intérieur du pays. Il envoya donc le jeune Brûlé vivre avec des Algonquins, dont le chef se nommait Iroquet, afin qu’il puisse apprendre la langue et les coutumes du peuple autochtone. Brûlé vécut avec eux durant un an avant de revoir Champlain, en juin 1611, près des rapides de Lachine, appelés sault Saint-Louis à l’époque. Champlain remarqua qu’Étienne Brûlé avait très bien appris la langue des Algonquins.

Le séjour en Huronie

Étienne Brûlé à l’embouchure de la rivière Humber, illustration de C.W. Jefferys (Détails)
Crédit : C-73635

Aussitôt, le jeune Brûlé repartit vers le pays des Hurons. Pour atteindre ce territoire, il emprunta, semble-t-il, l’Outaouais, puis la Mattawa, pour ensuite traverser le lac Nipissing et descendre la rivière des Français jusqu’à la baie Georgienne. Le jeune explorateur séjourna en Huronie jusqu’en septembre 1615. Il partit alors, accompagné de guides hurons, en direction de la jonction des lacs Érié et Ontario, où est actuellement située la ville de Buffalo. Au printemps 1616, Brûlé repartit vers le nord et fut capturé par des Iroquois qui l’auraient, selon ses dires, menacé de torture et de mort. Il se tira d’affaire en prétendant être un négociateur influent, capable de rétablir la paix avec les Français et les autres ennemis des Iroquois. Il réussit, en 1618, à rejoindre la colonie après 34 mois d’absence.

Le voyage vers le lac Supérieur

En 1618, Étienne Brûlé informa Samuel de Champlain de son désir de se rendre au lac Supérieur. Ayant obtenu la bénédiction de Champlain, le jeune explorateur ne tarda pas à partir. En 1621, après trois années de recherche, il réussit à atteindre la jonction entre le lac Huron et le lac Supérieur, soit le sault Sainte-Marie.

La trahison

La réputation d’Étienne Brûlé fut légèrement ternie une première fois en 1624, alors que Gabriel Sagard réussit à le discréditer aux yeux de Champlain, l’accusant de travailler non seulement pour la colonie, mais aussi pour les commerçants de fourrures auxquels Champlain était opposé. En 1629, sa mémoire fut cette fois salie de manière irrémédiable. Après que Champlain eût capitulé et remis sa colonie aux mains des frères Kirke, Étienne Brûlé et Nicolas Marsolet annoncèrent leur intention de rester en Nouvelle-France, à Tadoussac, alors que tous les autres regagnaient la mère patrie. Leur refus de partir fut un bon indicateur du rôle qu’ils avaient joué dans la colonie au cours des années précédentes. À son retour à Québec en 1633, Samuel de Champlain apprit qu’Étienne Brûlé avait été assassiné par les Hurons, durant la période où la colonie était anglaise.

René-Robert Cavelier de La Salle

Cavelier de la Salle est né le 21 novembre 1643 en Normandie. Il fut novice chez les Jésuite pendant deux ans et prononca ses voeux en 1660. Sa vocation ne durera pas bien longtemps et sept ans plus tard, il quittera la congrégation des Jésuites et vint s’établir en Nouvelle-France. Bien que le goût de l’aventure soit très présent chez La Salle, il semble qu’il n’ait pas possédé les qualités d’un bon explorateur.

Lors de sa première expédition, il entreprend de chercher un passage vers l’ouest et de cartographier les découvertes. Il partira avec une équipe composée de guides amérindiens, d’engagés et de sulpiciens. L’expédition se terminera avant d’avoir atteint son but. Sur les rives du lac Érié, Cavelier de La Salle, dérouté, voulut revenir à Ville-Marie.

Sa dernière grande expédition aura marqué l’histoire de la Nouvelle-France. Cette fois-ci, l’objectif de voyage est d’explorer les terres du sud. La Salle entreprend aussi la construction de forts qui serviront de postes de traite dans le commerce de la fourrure. C’est lors de cette expédition que sonts construits les forts Niagara, Miami, Prud’homme et Crèvecoeur.

En janvier 1682, Cavelier de La Salle et les membres de son équipage descendent toujours plus au sud, et rejoingnent le fleuve Mississippi. C’est au mois d’avril de la même année que La Salle prend possession des terres de la Louisiane au nom du roi de France, Louis XIV. Ce dernier lui confie la tâche d’établir une colonie en Louisianne. Près de trois cents Français ont entrepris le voyage mais l’établissement d’une colonie s’avérera bien difficile. On y retrouvera moins d’une cinquantaine d’habitants en 1687, année où René-Robert Cavelier de La Salle fut assassiné.

Pierre Le Moyne d’Iberville

L’explorateur canadien

Pierre Le Moyne d’Iberville naquit à Ville-Marie (Montréal) en 1661. Son père, Charles Le Moyne, était l’un des plus riches et influents pionniers de la jeune ville. Il fut d’ailleurs de ceux qui participèrent à la création de la Compagnie du Nord, aussi connue sous le nom de Compagnie française de la baie d’Hudson. Trois ans plus tard, les investissements de cette compagnie étaient en péril. La compagnie obtint toutefois l’appui du gouverneur de la colonie, Jacques René de Brisay, marquis de Denonville, ce qui lui permis de financer une expédition à la baie d’Hudson en 1686 à laquelle prirent part Iberville et ses deux frères, Jacques Le Moyne de Sainte-Hélène et Paul Le Moyne de Maricourt. L’expédition fut un succès et la compagnie obtint le contrôle de trois nouveaux postes de traite situés au sud de la baie d’Hudson, soit à Monsoni (Moose Factory), Rupert (Charles) et Quichichouane (Albany).

En poste à la baie d’Hudson

Toujours en 1686, Iberville, âgé de 25 ans, se vit confier le commandement des postes que la compagnie venait d’acquérir. Il y resta un an et réussit à s’emparer de deux navires anglais près de la rivière Nelson. Cette capture lui permit d’approvisionner le fort Monsoni et d’éviter la famine. En 1687, Iberville rentra à Québec par la mer, à bord d’un navire chargé à ras bord de fourrures et de marchandises anglaises. À l’hiver 1687 - 1688, Iberville séjourna en France où il parvint à convaincre Versailles de soutenir la Compagnie française de la baie d’Hudson. Le roi lui confia donc un navire rapide et moderne, le Soleil d’Afrique, afin de renforcer la position française dans cette région nordique. Iberville décida alors de s’emparer du fort York où, avec moins de 20 hommes, il s’appropria deux navires et captura 80 hommes. Il rentra à Québec le 12 septembre 1689 à bord d’un navire armé de 24 canons.

Iberville, corsaire

Les hostilités entre la France et l’Angleterre furent suspendues en 1687, mais reprirent en 1689. Le 5 août, des habitants de Lachine furent attaqués et massacrés, ce qui poussa le gouverneur Frontenac à élaborer un plan de riposte.

Portrait de Pierre Le Moyne d’Iberville, Portrait de G.D. Warburton (Détails)
Crédit : C-26026

Le 18 février 1690, ils attaquèrent le village de Coarler (Schenechtady, Maine), le détruisant presque entièrement et massacrant une soixantaine de ses habitants. Après cela, Iberville retourna à la baie d’Hudson, mais son séjour fut sans émoi. En 1693, alors qu’Iberville naviguait entre la France et le golfe Saint-Laurent, les forces anglaises par-vinrent à reprendre les postes de la baie James. Au mois d’août 1694, ayant obtenu un monopole de trois ans sur le commerce de la baie d’Hudson, Iberville y retourna dans le but de reprendre les postes perdus. Le fort Nelson fut finalement repris le 13 octobre suivant et Iberville se vit confier la patrouille de l’Atlantique, entre le Maine et Terre-Neuve. Fidèle à sa réputation, l’explorateur mit la main, en 1696, sur le fort William Henry, sur la côte du Maine ainsi que sur le fort Saint-Jean à Terre-Neuve. Iberville dut alors retourner d’urgence à la baie d’Hudson où les forts furent, une fois de plus, repris par les Anglais. Le 13 septembre 1697, Iberville reprit le fort Nelson. Toutefois, la signature du traité de Ryswick, sept jours plus tard, l’obligea à le redonner aux Anglais. En effet, le traité consacra à ces derniers le contrôle de la baie d’Hudson et aux Français, la dominance sur la baie James. La France dut aussi rendre une partie de l’Acadie et Pemaquid aux Anglais, rendant les conquêtes d’Iberville inutiles.

Vers la Louisiane et les Antilles

Pierre Le Moyne d’Iberville fut donc obligé de porter son regard sur d’autres régions. Il lui vint alors l’idée de solidifier la présence française en Amérique du Nord et il avança l’idée d’établir une colonie à l’embouchure du fleuve Mississippi. En trois expéditions, en 1699, 1700 et en 1701, il construisit les forts Maurepas (Biloxi), Mississippi et Saint-Louis (Mobile). Iberville est donc le fondateur de la Louisiane. En 1702, l’explorateur dut quitter la nouvelle colonie pour les Antilles anglaises. Il n’y remit plus jamais les pieds. Aux Antilles anglaises, Iberville sema la terreur, neutralisant même l’île de Nevis, exploit qui inquiéta la Nouvelle-Angleterre. Après cela, il fit escale à La Havane, apparemment pour y vendre du fer français. Il mourut le 9 juillet 1706, à bord du Juste, terrassé par une maladie ou par les fièvres qu’il éprouvait depuis 1701. Iberville fut enterré à l’église de San Cristobal, à La Havane, désigné dans les registres de la paroisse sous le nom de « El general Dom Pedro Berbila ».

Louis de Buade, Comte de Frontenac

Louis de Buade, comte de Frontenac a été gouverneur général de la Nouvelle-France de 1672 à 1682, et de 1689 jusqu’à sa mort en 1698. Il fut l’une des figures les plus turbulentes et les plus influentes de l’histoire de la Nouvelle-France, surtout connue comme l’architecte de l’expansion française dans l’Ouest de l’Amérique du Nord.

Apercevant les possibilités de la traite des fourrures dans l’Ouest, moins d’un an après son arrivée dans la colonie, Frontenac établit un poste de traite sur le lac Ontario, à l’embouchure de la rivière Cataracoui, là où s’élève maintenant la ville de Kingston. Nommé fort Frontenac ou parfois fort Cataracoui, il était le premier d’une série de postes de traite élevés dans l’Ouest sous la gouverne de Frontenac.

Même si l’histoire a révélé l’évidence que les actes de Frontenac avaient d’abord pour mobile ses propres intérêts financiers et ceux de ses associés, il n’en demeure pas moins que les postes de l’Ouest établis par Frontenac ont servi la politique impérialiste française tendant à occuper toute l’Amérique du Nord à l’ouest des Apalaches, entre les Grands Lacs et le golfe du Mexique.

Pour en savoir plus...

Musée virtuel de la Nouvelle-France

Sur les traces de la fleur de lys : Champlain et les sites historiques en Ontario

Introduction

L’une des périodes les moins connues de l’histoire de l’Ontario, débutant aux alentours de 1610 et s’étendant jusqu’en 1763, est l’époque durant laquelle la province faisait partie intégrante de la Nouvelle-France. Au cours de l’Ancien Régime, et particulièrement pendant les dernières années, l’Ontario était un grand centre d’activités : malheureusement, cette réalité historique est peu évoquée dans nos manuels scolaires.

Les voyages de Champlain, 1613 et 1615 - 1616

Malgré le fait qu’il fut précédé presque partout où il se rendit par Étienne Brûlé et Nicolas de Vignau, Champlain est néanmoins considéré comme étant le premier européen à mettre les pieds aux endroits qui nous sont maintenant si familiers.

Huron

Voyageant sur la rivière Kitchesippi (la rivière des Outaouais) à partir de Hochelaga (Montréal) en 1613 dans le but d’atteindre le passage du Nord-Ouest, Champlain et ses compagnons hurons se rendirent à la réserve algonquine de l’île aux Allumettes. À leur arrivée, l’informateur de Champlain, Nicolas de Vignau, confessa avoir menti à propos de ce qu’il avait vu lors de son séjour chez les Algonquins en 1611 - 1612. C’est alors que Champlain, à la grande satisfaction des Algonquins, rebroussa chemin et retourna à Québec. Son découragement ne dura pas longtemps. En 1615, à cause de l’insistance de ses alliés hurons, Champlain se rendit en Huronie pour les aider à attaquer les Iroquois. Suivant la même route que Brûlé avait choisie lorsqu’il séjourna chez les Wendats (Hurons) quatre ans auparavant, Champlain arriva au village huron de Cahiagué, près de l’actuelle ville de Warminster.

Demeurant chez les Wendats seulement pour une courte période de temps, Champlain et son équipe se rendirent à l’endroit nommé The Narrows, entre le lac Couchiching et l’étendue d’eau qui porte aujourd’hui le nom de lac Simcoe. L’équipe emprunta ensuite la rivière Trent jusqu’à la baie de Quinté, passant par l’extrémité est du lac Ontario, puis remonta la rivière Oswego jusqu’au coeur du pays iroquois près du lac Oneida. C’est au cours de la bataille qui suivit que Champlain fut blessé à deux reprises par les Iroquois. Il dut être transporté à Cahiagué, où il passa l’hiver.

Toutefois, Champlain ne se reposa pas au cours de l’hivernement 1615 - 1616 en Huronie. Durant la saison froide, il participa au grand festival des morts des Wendats au village d’Ossossané. Il voyagea aussi à travers les montagnes bleues et visita les villages des Tionontatehronons, autochtones que Champlain appelait « la nation du Pétun » (la nation du tabac) à cause du tabac que cultivaient ces Amérindiens.

Au printemps 1616, Champlain retourna à Québec par le chemin qu’il avait emprunté l’année précédente. Il repartit ensuite pour la France. Le célèbre explorateur ne devait plus jamais retourner sur le territoire qui correspond aujourd’hui à l’Ontario. Cependant, Champlain et ses collègues ouvrirent la voie à une multitude d’explorateurs qui suivirent leurs traces.

La rivière des Outaouais

Le Long-Sault

Rapides du Long Sault


Le Long-Sault est une longue série de rapides (aujourd’hui disparus) qui étaient situés sur la rivière des Outaouais à proximité de Hawkesbury. C’est à cet endroit que Champlain faillit perdre la vie lors de son premier voyage sur la rivière des Outaouais en 1613.

Le meilleur endroit pour observer la rivière se trouve sur l’autoroute 41, près de la rue Front (route régionale 4). Tournez à droite sur la rue Front Nord, en direction ouest après Chute-à-Blondeau en passant par Hawkesbury.

Les chutes Rideau


Astrolabe de Champlain
 (Musée canadien des civilisations)

L’astrolabe fut retrouvé en 1867, près de Cobden, par un jeune fermier de 14 ans.


Ces chutes ressemblant à un rideau sont situées à l’embouchure de la rivière Rideau, à l’endroit où elle se déverse dans la rivière des Outaouais. C’est à Champlain que revient l’honneur d’être le premier Européen à avoir décrit ces magnifiques cascades d’eau. Ces dernières doivent d’ailleurs leur nom au célèbre explorateur.

Le lac vert (lac de l'Astrolabe)

C’est près d’ici, en 1613, en portageant une série de petits lacs, maintenant connus sous l’appellation de lacs Champlain Trail, que le père de la Nouvelle-France perdit son astrolabe, outil essentiel à la navigation. L’instrument fut éventuellement retrouvé, quelque 254 ans plus tard, par un jeune fermier de 14 ans nommé Edward Lee. Depuis 1989, l’astrolabe de Champlain est conservé au Musée canadien des civilisations à Gatineau (secteur Hull).

Dans le but de commémorer l’expédition de Champlain de 1613, une plaque historique a été installée au parc des Vétérans (Veterans’s Park), sur la route 17, à proximité de Cobden, près de l’endroit où l’astrolabe fut trouvé en 1867.

L’île aux Allumettes

C’est à l’île aux Allumettes que se trouvait le principal village du puissant chef Tessouat et de son peuple, les Kichesippirinis, une tribu de la nation algonquine. C’est Tessouat qui affirma à Champlain que Nicolas de Vignau lui avait menti en affirmant avoir atteint l’océan en 1611. C’est aussi lui qui, évoquant des difficultés avec les Nipissirinis, persuada Champlain d’abandonner son voyage de 1613 et de retourner à Québec.

On peut se rendre à l’île aux Allumettes en empruntant le pont de la route 148, près de Pembroke.

La rivière Mattawa

Rivière Mattawa


Connue à l’époque de Champlain sous le nom de « petite rivière », la Mattawa se jette dans la rivière des Outaouais, le long d’une ancienne ligne de faille géologique. Faisant partie de la célèbre « route des voyageurs », la rivière Mattawa formait la deuxième section de la principale route de traite reliant Hochelaga (Montréal) au pays de la nation des Wendats (Hurons) et aux vastes régions du nord-ouest canadien.

Ayant servi d’autoroute pour les autochtones depuis des temps immémoriaux - et ayant été empruntée plus récemment par les bûcherons - la Mattawa est maintenant un site récréatif. Elle a d’ailleurs été désignée « Rivière du patrimoine canadien » en 1988.

On peut accéder au parc provincial de la rivière Mattawa par les routes 17 et 63 en divers endroits le long du cours d’eau. Il est entre autres possible de s’y rendre via le parc provincial Samuel-de-Champlain.

Le lac Nipissing et les portages La Vase

Les portages La Vase s’étendent sur 11 kilomètres et traversent des contrées sauvages comportant notamment des étangs à castors et des marais. Ces trois portages constituent un lien essentiel reliant la rivière Mattawa qui s’écoule vers l’est au lac Nipissing et à la rivière des Français qui se déversent à l’ouest dans la baie Georgienne.

En 2002, les portages La Vase furent intégrés au Réseau des rivières du patrimoine canadien. Les autochtones ont commencé à utiliser ces portages, riches en ressources archéologiques, au moins 6 000 ans avant l’arrivée des Européens.

Visitez la zone de conservation La Vase Portage, qui se trouve à 5,5 km à l’est de North Bay sur la route 17. Il y a plusieurs marqueurs historiques le long de la route 17, à l’est de la ville, indiquant la route des portages.

La rivière des Français

Désignée « Rivière du patrimoine canadien » en 1986, la rivière des Français était la troisième rivière en importance pour les voyageurs en partance de Lachine (Montréal) vers la région du Nipissing et de la baie Georgienne.

Suivant le déclin de la traite des fourrures, la rivière des Français, à l’instar de la Mattawa, devint un attrait intéressant pour l’industrie du bois. De nos jours, elle s’avère être un paradis pour les utilisateurs récréatifs, incluant les canotiers et les pêcheurs. Cependant, cette rivière fut utilisée par les autochtones pour des milliers d’années, tel qu’en témoignent les peintures sur les rochers longeant le cours d’eau.

La baie Georgienne

On parle souvent de la baie comme étant le sixième Grand Lacs puisqu’elle est presque aussi grande que le lac Ontario. La baie Georgienne est très populaire pour ses milliers d’îles, ses cavernes servant de refuge et la pêche exceptionnelle qu’offre cette étendue d’eau. Les premiers Européens qui virent la fameuse baie sont Étienne Brûlé (1610 - 1611) et Samuel de Champlain (1615 - 1616) qui voyagèrent sur les rives de la baie lors de leurs séjours en Huronie.

On peut s’arrêter à plusieurs endroits le long de la côte ainsi que sur les îles de la baie. Les voyageurs seront choyés par les nombreux sites archéologiques qui témoignent des milliers d’années d’occupation par les Amérindiens.

Au cours du Régime français en Ontario, des postes de traite furent établis à plusieurs endroits autour de la baie. Le parc national des Îles-de-la-baie-Georgienne, le parc provincial Killbear et la municipalité de Killarney longent la baie Georgienne.

La Huronie

Cahiagué

Principal village de la tribu des Wendats, Cahiagué s’avère être l’endroit où Champlain put récupérer après avoir été blessé durant sa bataille contre les Haudenosaunee (Iroquois). Le site de Cahiagué est situé au nord du village de Warminister, sur la route 12. Une plaque bleue de la province de l’Ontario marque cet endroit comme un site d’importance.

Ossossané

Ce village est également l’un des principaux villages de la tribu des Wendats. Champlain visita celui-ci durant l’hiver 1615 - 1616. C’est là qu’il participa à la cérémonie du « festival des morts ». Cette cérémonie, qui a uniquement lieu à des intervalles de quelques années, consistait à ramasser les ossements des gens morts depuis la dernière cérémonie et à les enterrer à nouveau dans des ossuaires, c’est-à-dire dans des fosses communes.

Ossossané est un site historique national.

Mnjikaning

Situé à l’est d’Orillia entre les lacs Simcoe et Couchiching, Mnjikaning (qui signifie « l’emplacement de la clôture des poissons »), était l’un des meilleurs endroits pour la pêche dans la région. Durant plus de 4 500 ans, les Amérindiens y érigèrent des clôtures pour attraper les poissons lors de leur migration annuelle.

Champlain demeura à Mnjikaning avec ses compagnons wendats (hurons) et anishnabes (algonquins) avant d’entreprendre l’expédition fatale contre les Haudenosaunee (Iroquois) en septembre 1615. Champlain a par ailleurs décrit les clôtures à poissons dans son journal de bord. Après l’abandon du territoire par les Wendats (Hurons) en 1650, les Anishnabes (Chippewas) prirent possession du pays.

Mnjikaning fut désigné site historique national en 1982.

La rivière Trent

Le système de la rivière Trent, qui fait maintenant partie des sites historiques du Trent-Severn Waterway, fut, pour des milliers d’années, la principale voie navigable utilisée par les autochtones pour voyager entre la Huronie et l’extrémité est du lac Ontario. À l’arrivée de Champlain cependant, la navigation sur cette rivière était devenue trop périlleuse puisque le risque d’attaque par les Haudenosaunee (Iroquois) était trop élevé. La peur des Iroquois était tellement grande qu’une bonne partie du sud-est ontarien, incluant la vallée du Saint-Laurent, était de-venue un no man’s land.

Par contre, à l’automne 1615, Champlain, accompagné de plusieurs guerriers wendats (hurons) et anishinabes (algonquins) prirent la route de la rivière Trent jusqu’à la baie de Quinté et du lac Ontario. Ils passèrent par nombre de sites importants, dont certains sont toujours visibles aujourd’hui.
Champlain’s Landing

Le site de Champlain’s Landing était situé à l’embouchure de la rivière Talbot, à l’ouest du village de Gamebridge et au nord de Beaverton. Après la traversée du lac Simcoe, Champlain et ses alliés s’y reposèrent et se regroupèrent avant d’aller attaquer les Haudenosannee (Iroquois).

Même si aucune plaque ou marque de commémoration n’indique son emplacement, Champlain’s Landing était situé près du pont qui enjambe la rivière Talbot à l’intersection du chemin Shoreline et de la route de campagne 47. On peut y accéder facilement en empruntant la route 12 et en tournant à l’ouest à la 9e concession.

Champlain’s Rest

Après leur défaite contre les Haudenosaunnee (Iroquois), Champlain et les Wendats se retirèrent (Champlain étant blessé et sur une civière) jusqu’à ce plateau sur le lac Chemung où ils restèrent 38 jours.

Même s’il n’est aucunement identifié, le site du repos de Champlain était situé au cœur de l’actuelle municipalité de Bridgenorth, au nord de la chaussée, près du croisement des rues Ward et Communication.

Le pays des Pétuns

En 1615 - 1616, au cours de sa cohabitation forcée avec les Wendats (Hurons) à Cahiagué, Champlain voyagea vers l’ouest pour visiter un peuple connu sous le nom de la nation du tabac ou de la nation des Pétuns, à cause des plantations de tabac que l’on retrouvait dans leur pays. Par contre, il serait plus juste d’appeler ces Amérindiens les Tiononates ou de surnommer cette nation le peuple tionontetehronon.

Ce peuple vivait dans plusieurs villages situés sur les berges de l’escarpement du Niagara, de Collingwood à Stayner. Ils furent les alliés des Wendats (Hurons) et furent décimés avec eux par les Haudenosaunee (Iroquois) en 1649.

Ekarenniondi, the Rock That Stands Out

Le rocher remarquable the Rock That Stands Out est l’une des nombreuses formations géologiques intéressantes de la région de Collingwood. Une colonne verticale de calcaire ordovicien est complètement exposée sur l’escarpement à cause de l’érosion. Les Tiononates (Pétuns) croyaient que ce pilier de roche, qu’ils surnommaient « Ekarenniondi », marquait la route vers le « village des âmes ».

Champlain visita le village situé ici au début du 17e siècle. Même si le village d’Ekarenniondi n’y est plus, les voyageurs peuvent encore voir le rocher remarquable aux cavernes Scenic. Pour vous y rendre, allez en direction ouest sur la 1ère rue et ensuite sur l’extension de celle-ci. Continuez sur la rue Mountain qui devient la rue Grey 19. Tournez à gauche sur la promenade Mountain et encore à gauche sur la rue Scenic Caves jusqu’au haut de la montagne.

Champlain : l’aventure d’un monde nouveau

On se plaît à croire que c’est le désir, aussi perfide que noble, de découvrir un monde nouveau, de l’exploiter et de le soumettre, qui mena véritablement à l’éclosion des notions d’aventure et d’aventurier. Ces velléités de conquête engendrèrent dès la fin du 15e siècle l’image du voyageur héroïque qui était habité par un profond besoin de liberté et le désir inavoué de fuir un monde déchiré par les guerres, les épidémies, la triste condition humaine et un cadre social combien trop rigide. La définition contemporaine de l’individualisme et le fondement même du star system s’établissaient déjà autour de ces protagonistes qui allaient susciter au cœur de l’homme nouveau un irrésistible besoin d’exaltation par l’aventure.


Ils portaient en eux, comme une lumière impalpable, cette flamme qui embraserait l’imaginaire de générations d’explorateurs et de coureurs des bois. Voyageurs d’une époque glorieuse où l’Europe se considérait comme le centre de l’univers, ils étaient convaincus que l’inconnu commençait à exister à partir du moment où ils parvenaient à l’atteindre. Et ils étaient bienheureux puisque tout restait à découvrir de leur point de vue. Les défis étaient innombrables et à chaque fois qu’on inscrivait dans le néant de la terra incognita un nouveau continent, un nouvel océan ou un nouveau peuple, la Terre s’agrandissait effectivement.

Le rêve américain

On peut remonter jusqu’au tout début du 17e siècle pour retracer les origines du rêve américain affirme Yves Casaux dans Le rêve américain : de Champlain à Cavelier de la Salle. Dénaturé on ne peut plus, le rêve américain ne consiste pas, comme on le croit aujourd’hui, à naître pauvre et à devenir plein aux as ou à venir au monde dépourvu et à devenir président des États-Unis. Pour Samuel de Champlain, qui implantait en 1608 la toute première colonie en sol nord-américain, à Québec, ce rêve consistait à pouvoir quitter un monde rongé par des guerres interminables et injustifiables, corrompu jusqu’à la moelle, gangrené par son insalubrité chronique, et de pouvoir repartir à neuf dans le Nouveau Monde. Un monde libéré de toutes les contraintes sociales, bourgeoises, politiques, légales et historiques, où la totalité des possibles devient envisageable. Chose remarquable, qui ne s’était pas vérifiée ailleurs dans les Amériques, son projet s’est engagé en partenariat avec les nations autochtones plutôt que dans un bain de sang. Pour réaliser l’aventure la plus extraordinaire et la plus grandiose qu’il ait été donné d’imaginer et qui consiste à relancer le monde sur de nouvelles bases, Champlain a fait preuve, à la fois, de tous les talents et de tous les courages, dressant un véritable plan de développement pour la colonie qui lui tenait à cœur. Malgré cela, il cultivait une telle « modestie » qu’encore aujourd’hui, on n’a aucun portrait de lui, sinon celui d’un paria qui a servi de modèle à un tableau réalisé après sa mort. On ne connaît ni le moment de sa naissance (1570 ?) ni son lieu de sépulture. Champlain incarne encore de nos jours le parfait aventurier.

« Avant Champlain, on se contentait simplement de traverser ce continent qui est devenu le Canada, le Québec et les États-Unis. Champlain est resté ; il s’est obstiné, avec une détermination et un courage inouïs, à habiter cette terre ingrate. Non seulement Champlain était-il un homme d’action, mais il était aussi un esprit curieux, un original, un visionnaire. Mercenaire, navigateur (il a traversé 29 fois l’Atlantique), cartographe, homme de science, diplomate, missionnaire, administrateur, il a joué tous les rôles au sein de la colonie naissante ».

Samuel de Champlain selon Joe C.W Armstrong

Statue de Champlain

Aucun des personnages marquants de notre histoire ne demeure aussi présent à notre quotidien que Samuel de Champlain. Dans tout l’est de l’Amérique il a laissé une trace indélébile. La toponymie nord-américaine, de la côte atlantique aux rives du fleuve Saint-Laurent et jusqu’aux Grands Lacs, lui doit des centaines de dénominations de lieux qu’il attribuait au fil de ses déplacements et de son œuvre de cartographe. Encore aujourd’hui, la centaine de monuments dispersés à travers le monde, dont une majorité aux États-Unis, évoquent sa notoriété. Un lac, un pont, un village, une rivière, de multiples services commerciaux... La Commission de toponymie du Québec lui attribue 183 noms de lieux au Québec seulement. Et maintenant, un circuit touristique honore sa mémoire en Ontario.

Une des raisons de l’existence de ce phénomène tient au fait que les écrits de Champlain constituent le fondement de nos connaissances historiques sur le Canada. Leur valeur provient de ce que Champlain est, pour ainsi dire, le seul auteur que l’on puisse considérer comme source historique authentique. Il a véritablement habité la Nouvelle-France, contrairement à Jacques Cartier. Il fut témoin oculaire de presque tout ce qu’il rapporte et son récit a l’immense avantage d’être édifié comme un journal fidèle et régulier où se trouvent consignés ses découvertes ainsi que tous les évènements qui ont marqué le début de la colonie. Les Européens connaissaient à son époque un réel engouement pour les relations de voyage ou les récits d’exploration que ne manquaient de rédiger les voyageurs du Nouveau Monde en débordant amplement du simple carnet de route. D’autant plus que leurs auteurs ne se sont jamais gênés pour les enjoliver d’exploits disproportionnés, d’interprétations dithyrambiques ou de chimères effrayantes, contrairement à Champlain qui a adopté une approche quasi anthropologique. Les écrits de Samuel de Champlain font figure de bestsellers qui ont aussi contribué à embraser l’imaginaire fantasmagorique des nombreux rêveurs des Vieux Pays.

S’il est, en Amérique, un peuple qui parle français, c’est en bonne partie à cause de cet homme plein de ressources et d’énergie, l’un des plus éminents colonisateurs du continent nord-américain, qui fit surgir de ses rêves le pays de la Nouvelle-France.

« Au point de départ de l’histoire continue du Canada, nous trouvons Champlain ; il en est volontairement et par principe à l’origine ; on doit saluer en lui le fondateur du Canada » écrivait l’historien Marcel Trudel.

« Une des figures les plus respectées de l’histoire, mélange admirable de grandeur et de simplicité, de force et de bonté, d’audace entreprenante et d’habileté mesurée, de religion à la fois naïve et éclairée. [...] Ce colonisateur désintéressé avait compris son rêve, et il le joua jusqu’au bout de sa carrière, en dépit de toutes les contrariétés, de toutes les traverses et tous les revers. » N. E. Dionne, Samuel de Champlain, 1906.

Natif de Brouage en Saintonge, celui que l’on a qualifié de père de la Nouvelle-France a su composer avec les éléments, avec une nature insoumise et un environnement hostile ainsi qu’avec les autochtones, en s’associant les Hurons, les Algonquins, les Innus et les Etchemins contre les Iroquois, acquérant ainsi le droit d’explorer et de coloniser le territoire. C’est d’ailleurs grâce à cette alliance que Champlain s’est rendu en Huronie et a séjourné dans la région des Grands Lacs.

Malgré le culte profond et durable que lui voue nombre d’historiens, le nom de Champlain demeure encore désincarné pour la majorité de nos contemporains. Pourtant, l’homme de science, qui a occupé toutes les responsabilités au sein de la colonie naissante, continue de susciter un intérêt des plus vifs. La vie et les réalisations de cet être exceptionnel sont d’un intérêt certain pour le public nord-américain qui saisit avec lui une vision inusitée de son histoire. Même chose pour les visiteurs européens qui réalisent avec lui la mainmise que la France a déjà exercée sur tout l’est de l’Amérique, un continent qui aurait bien pu être entièrement francophone si la France l’avait souhaité ! Mais, au delà de ces considérations, Samuel de Champlain séduit et intrigue toujours. Les qualités transcendantes de Champlain l’imposent comme un modèle pour cette société française qu’il a implantée au Canada. Le Circuit Champlain peut devenir une évocation historique vivante et documentée dont, au fond, Champlain est lui même l’auteur, le metteur en scène et l’acteur principal.

S’interroger sur les raisons et les attitudes d’un homme disparu depuis près de quatre siècles, personnage plutôt énigmatique au demeurant, et qui rechigne à nous parler de lui, provoque inévitablement quelques doutes, méprises et autres interprétations subjectives.

Fondamentalement, Champlain est un marin. Champlain est un humaniste qui sut vivre avec les siens les semailles comme les famines. Un être d’autorité qui s’acharna à réaliser ses aspirations et ses entreprises. Un fin psychologue et un négociateur opportuniste. Un stratège habile qui affronta les Britanniques et les Iroquois malgré des moyens ridicules. Un aventurier dans l’âme, au nom de son pays et de Dieu. Voilà le Champlain qui demeure à révéler.

Comprendre Champlain, c’est également pouvoir se situer dans les manières morales, les croyances de ce début de 17e siècle, à une époque où, devant les duretés de l’existence, les vrais héros partagent cette volonté de réussir ou de se perdre. Le nouveau Circuit touristique et historique dédié à Champlain pourra révéler l’humain au-delà du mythe.

La maison Champlain à Brouage

Maison Champlain - Plan du rez-dechaussée

La mémoire de Samuel de Champlain est souvent célébrée au Canada, cependant la France aussi se souvient de l’explorateur. C’est pourquoi le département de Charente-Maritime a décidé d’ériger un centre d’interprétation situé dans la citadelle du 17e siècle à Brouage. Effectivement, le cartographe devenu explorateur naquit dans cette petite ville portuaire, « un point stratégique de la défense des riches côtes saintongeaises, un lieu privilégié d’approvisionement en sel pour les navires venant de l’Europe entière. Ville cosmopolite et ouverte sur le monde, Brouage est également la patrie de Samuel de Champlain. » Brouage, « étoile de pierre au cœur des marais de Saintonge », comptant aujourd’hui 150 habitants permanents, est un site historique protégé des plus fréquentés en Charente-Maritime.


La Maison Champlain évoquera tous les aspects qui lient la région de Poitou-Charente à l’Amérique du Nord. On peut y trouver de l’information non seulement sur Samuel de Champlain, mais aussi sur la pêche au large de Terre-Neuve, l’exploitation du sel pour conserver les poissons ainsi que sur l’émigration charentaise au Canada et au ravitaillement militaire de la colonie à partir du port de Rochefort.
 



Cette maison, construite sur les vestiges d’une demeure appartenant à Pierre de Comminges, sera conforme aux exigences architecturales des sites historiques protégés en France. Son aménagement, par contre, sera des plus modernes et sera conçu de manière à maximiser la lumière naturelle. La maison comptera deux étages qui abriteront plusieurs espaces. Au rez-de-chaussée se trouveront une salle d’exposition permanente, ainsi qu’une salle d’animations pédagogiques et scolaires. Une salle informatique, qui sera dessinée autour du puits de lumière central de la maison, servira à la tenue d’une série d’activités interactives destinées au grand public. Une autre salle sera consacrée à l’organisation de conférence, à la projection de vidéos et à l’organisation de festivals de cinéma.

Ce que la Maison Champlain de Brouage proposera donc à ses visiteurs, c’est d’explorer une facette de l’histoire commune de la France, en particulier celle de Poitou- Charente et du Canada. L’exposition permanente de la Maison reposera sur le thème : Samuel de Champlain et l’entreprise saintongeaise vers le Nouveau Monde. Elle comprendra neuf thématiques différentes, soit : Les prémices de la Nouvelle-France, Brouage et l’ouverture sur les mers ou les origines de Champlain, L’oeuvre de Samuel de Champlain, Le rôle de Pierre Du Gua de Monts, Champlain, un diplomate habile ?, Naviguer au temps de Champlain, Les pionniers originaires de Saintonge et d’Aunis, Les apports floristiques et fauniques de la Nouvelle-France et Les perceptions populaires de Champlain au cours de siècles.



Les salles consacrées au patrimoine commun seront équipées d’un vaste fond documentaire provenant du département de la Charente-Maritime, d’informations provenant de l’Inventaire des lieux de mémoire sur la Nouvelle-France, de fonds documentaires provenant d’autres départements de la région de Poitou-Charente ainsi qu’une collection de 2 millions de documents iconographiques rendue accessible grâce au programme de numérisation des archives historiques de la Nouvelle-France.

La Maison Champlain a été inaugurée le 20 novembre 2004.

Biographie

Sophie Besnier, Maison Champlain, Brouage, Rapport de présentation. Conseil général de la Charente-Maritime, Ambassade du Canada en France, 2003.

Samuel de Champlain : père de la Nouvelle-France

Considéré comme le père de la Nouvelle-France, Samuel de Champlain, fils d’un capitaine de la marine, naquit à Brouage aux environs de 1570. Si les historiens connaissent bien les exploits de sa carrière, ils en savent toutefois peu sur la vie personnelle de ce grand explorateur. C’est que Champlain, qui a beaucoup écrit sur ses voyages, est resté muet sur les faits de sa vie intime. Au surplus, comme les registres de Brouage antérieurs à 1690 furent détruits par un incendie, il est impossible de connaître avec exactitude son année de naissance, ses origines familiales et sa religion de baptême.
 

Samuel de Champlain


Selon toute vraisemblance, Samuel de Champlain aurait été baptisé protestant comme l’indique son prénom qui, en Saintonge où il est né, n’était donné qu’à des huguenots. Cette hypothèse se trouve renforcée par le fait que Champlain fréquenta au cours de sa jeunesse un collège protestant à Rochefort. Qu’il soit né catholique ou protestant, une chose est cependant claire : lorsqu’il arriva au Canada en 1603, il pratiquait le catholicisme.

Bien entendu, certains faits concernant la vie privée de Champlain sont connus des historiens. C’est entre autres le cas de son mariage contracté en France en l’an de grâce 1610 alors qu’il lia sa destinée à celle d’Hélène Boullé qui n’était âgée que de 12 ans. Celle-ci séjourna d’ailleurs en Nouvelle-France de 1620 à 1624, soit durant le plus long séjour de son époux dans la colonie.

En tout, Champlain se rendit au moins onze fois en Nouvelle-France où il mena une existence mouvementée durant laquelle il fut non seulement explorateur et géographe, mais également cartographe, colonisateur, ethnographe et administrateur. De par son obstination à maintenir la présence française dans la vallée du Saint-Laurent, cet homme courageux, énergique et aventurier mérite le titre de fondateur du Canada.

Les débuts d’une longue carrière

Grand personnage historique, Samuel de Champlain entama sa carrière canadienne en 1603 lorsque, parti de Honfleur à bord de la Bonne-Renommée, il débarqua à Tadoussac le 26 mai. Lors de ce premier voyage en Nouvelle-France, le célèbre explorateur ne semble guère avoir occupé de fon-ction officielle : tout porte à croire que Champlain se serait embarqué comme simple observateur même si, dans les faits, il agit en géographe. Au cours de ce séjour en sol canadien, il eut la chance d’explorer une partie des rivières Saguenay et Richelieu ainsi que le majestueux fleuve Saint-Laurent avant de rentrer en Europe à la fin de l’été.

Carte de l’Acadie datant de 1757


L’établissement de l’Acadie

De retour en Nouvelle-France au printemps 1604, Champlain s’aventura en Acadie avec un groupe de Français mené par Pierre Du Gua de Monts. Son rôle fut cette fois plus important : c’est lui qui choisit l’île Sainte-Croix (île Dochet, Maine) comme lieu d’hivernement pour la saison froide 1604 - 1605. Ce choix s’avéra cependant funeste, le scorbut et la rigueur du climat tuant 35 des 79 hommes qui y séjournaient.

À l’été 1605, Champlain participa à la fondation de Port-Royal (Annapolis Royal, Nouvelle-Écosse) où les survivants s’installèrent après avoir quitté l’île Sainte-Croix. Il y demeura jusqu’en 1607, date à laquelle les Français abandonnèrent la colonie pour regagner la France. Ce séjour de trois ans offrit à Champlain l’occasion d’assumer la fonction de géographe sans toutefois en détenir le titre officiel. Il explora alors l’Acadie et la côte atlantique et cartographia le territoire allant du Cap Breton au sud de Cape Cod.

De la fondation de Québec au début du conflit franco-iroquois

En 1608, lorsqu’il mit à nouveau les pieds en Nouvelle-France, Champlain occupait enfin une fonction officielle. C’est donc en tant que lieutenant du sieur De Monts qu’il fit construire une habitation à Québec, jetant ainsi les bases de la ville qui est le plus vieil établissement de peuplement permanent en Amérique du Nord. Le premier hivernement à Québec fut des plus rudes alors que le scorbut entraîna la mort de 16 des 25 membres de l’équipage.

Abitation de Québec
Crédit : ANC C-009711 (Détails)

Toutefois, Champlain ne lésina pas : dès la fonte des neiges, il reprit son voyage vers l’intérieur des terres et rencontra, près de la rivière Richelieu, un groupe de Hurons, d’Algonquins et d’Innus qui se préparaient à faire la guerre aux Iroquois. Entre la fin mai et la fin juillet 1609, Champlain, accompagné des autochtones et de deux Français, remonta la rivière Richelieu à bord d’une barque. Au terme de cette remontée, il atteignit un grand lac qui porte aujourd’hui son nom et participa à un premier combat contre les Iroquois. Cet épisode marqua le début du conflit franco-iroquois qui dura plus de 90 ans. Le 8 octobre 1609, l’explorateur retourna en France pour y passer l’hiver.


Une nouvelle expédition contre les Iroquois

À son retour de France en mai 1610, l’explorateur fut accueilli par des Hurons qui solli-citèrent à nouveau son aide dans une expédition contre les Iroquois. Champlain les rencontra en fait dans la région du lac des Deux-Montagnes, où les Hurons arrivèrent le 13 juin en compagnie du jeune Étienne Brûlé qui avait vécu à l’intérieur du continent pendant un an. Champlain, qui espérait faire de la traite avec eux, se rendit vite compte que les Hurons avaient beaucoup plus intérêt à conclure une alliance militaire qu’à faire du commerce avec les Européens. Les Français participèrent alors à une nouvelle expédition contre les Iroquois, victorieuse elle aussi, au cours de laquelle Champlain fut blessé. Les marchands qui voulaient faire de la traite avec les autochtones jugèrent l’expédition peu profitable.

Champlain en Ontario

En l’an 1613, Samuel de Champlain décida de s’embarquer à la recherche de la mer du Nord. Au cours du mois de mai, il se rendit au sault Saint-Louis, près du lac des Deux-Montagnes, pour y rencontrer des Algonquins. Du mois de mai au mois d’août, il remonta la rivière des Outaouais, passant par les rapides du Long-Sault où il faillit perdre la vie. L’explorateur se rendit ensuite dans la région de l’actuelle ville d’Ottawa et il nomma les chutes Rideau. Ce voyage représente la première excursion notoire de l’explorateur sur le territoire actuel de l’Ontario. Lors de ce voyage, il se rendit jusqu’à l’île aux Allumettes. Ne trouvant pas la route menant à la mer du Nord, Champlain rebroussa chemin et, de Québec, repartit vers la France pour l’hiver.

La remontée jusqu’aux Grands Lacs

Champlain et Amérindiens, Musée McCord

C’est en 1615 que Samuel de Champlain s’aventura pour la première fois dans la région des Grands Lacs. Gagnant d’abord la Huronie, l’explorateur remonta la rivière Mattawa, s’arrêtant à l’endroit où est aujourd’hui située la ville du même nom. Champlain explora ensuite le lac Nipissing, emprunta la rivière des Français pour enfin se rendre à la mer douce, c’est-à-dire le lac Huron. Aujourd’hui, près de la rivière des Français, se trouve le parc Riverain, qui est un attrait touristique provincial naturel de choix de cette région de l’Ontario. Une fois de plus, les Hurons revendiquèrent l’aide des Français contre les Iroquois. Il semble que Champlain n’était pas favorable à l’idée de se battre à nouveau, mais il finit tout de même par y consentir et s’embarqua sur les voies d’eau qui le conduisirent au pays des Iroquois, en compagnie de ses alliés hurons.

Vers la fin du mois d’octobre 1615, l’équipage de Champlain et ses alliés hurons arrivèrent au sud du lac Ontario où ils trouvèrent un bourg ennemi. Malgré la supériorité technologique des Français, l’indiscipline au sein des troupes fit en sorte que les Français et les Hurons ne purent bien s’organiser et subirent la défaite face aux Iroquois. Champlain fut même blessé à la jambe durant la bataille. Cette première victoire des Iroquois face aux Français allait s’avérer très importante car elle marqua, de fait, le début de la domination iroquoise sur les Grands Lacs. Battus et blessés, les Français durent hiverner chez les Hurons, profitant de cette occasion pour explorer un peu le pays. Le printemps arrivé, ils retournèrent à Québec.

La fin de l’exploration et la mort d’un grand homme

À partir de 1620, Samuel de Champlain se voua à l’administration de la colonie. Délaissant l’exploration, il consacra ses trois derniers séjours en Nouvelle-France à l’éta-blissement de législations, à l’amélioration de la défense de Québec et à l’avancement de l’agriculture pour ne nommer que quelques-uns de ses champs d’intérêt. Malgré les efforts déployés pour favoriser son développement, Québec ne put résister aux frères Kirke et Champlain fut contraint de leur livrer l’établissement en 1629.

Il rentra alors en Europe à bord d’un navire anglais et s’efforça d’accélérer la restitution de Québec aux Français, ce qui fut fait en vertu du traité de Saint-Germain-en-Laye signé en 1632. Un an plus tard, Champlain était de retour en Amérique. Il ne devait cependant plus remettre les pieds en Europe puisque, prit de paralysie, il mourut à Québec le 25 décembre 1635. À ce jour, les restes du fondateur de la vieille capitale n’ont malheureusement jamais été retrouvés.

Bibliographie

La Société d’histoire de Toronto. « Samuel de Champlain : père de la Nouvelle-France », Bulletin de la Société d’histoire de Toronto, novembre 2003, p. 3.

Les peuples autochtones à l’arrivée des Français

Amérindiens en vêtements du Canada Kleedinge Van Canada, [Vêtements du Canada], vers 1650
Crédit : ANC Collection Peter Windworth P2001 (Détails)

Lorsqu’ils débarquèrent en Amérique au début du 17e siècle, les Français entrèrent en contact avec les autochtones qui étaient répartis en trois grandes familles linguistiques, à savoir les Algonquiens, les Iroquoiens et les Inuits. Alors que ces derniers fréquentèrent peu les Européens, les nations algonquiennes et iroquoiennes jouèrent un rôle majeur dans l’histoire de la Nouvelle-France, notamment parce que les Français défrichèrent des terres et explorèrent des contrées situées à proximité des territoires qu’elles occupaient. En effet, les Iroquoiens peuplaient le bassin des Grands Lacs, tandis que les Algonquiens habitaient l’espace s’étendant de Terre-Neuve aux Rocheuses, ce qui les mit rapidement en contact avec les colonisateurs français.

En plus de résider sur des territoires différents, les Algonquiens et les Iroquoiens possédaient des modes de vie distincts. Les peuples appartenant à la famille algonquienne, qui comprenait entre autres les Outaouais, les Nipissings et les Algonquins, étaient nomades et vivaient par conséquent des produits de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Pour leur part, les nations iroquoiennes, dont faisaient partie les Hurons et les Iroquois, étaient semi-sédentaires. Vivant dans des « maisons longues » regroupées en villages, les Iroquoiens pratiquaient l’agriculture qu’ils complétaient par la chasse, la pêche et le commerce.


Les relations commerciales avec les Français : l’alliance franco-huronne

C’est en grande partie par l’entremise des activités commerciales que s’établirent les relations entre les Français et les Amérindiens dans la mesure où la traite des fourrures exigeait une étroite collaboration entre les deux groupes. En fait, la participation des autochtones à cette activité était indispensable puisqu’ils fournissaient, en échange de produits européens, les fourrures aux Français. Il est certes évident que ces derniers firent affaire avec une multitude de nations, mais il n’en demeure pas moins qu’ils développèrent une relation particulière avec les Hurons qui furent leurs grands partenaires commerciaux jusqu’au milieu du 17e siècle.

L’alliance conclue avec la confédération huronne s’avérait être un choix judicieux, les Hurons étant des commerçants accomplis qui entretenaient des liens étroits avec plusieurs nations autochtones, dont les Algonquins, les Neutres et les Pétuns. Après une première rencontre en 1609, les Français et les Hurons établirent d’importantes relations commerciales au point où, dès les années 1620, les colonisateurs obtenaient la majeure partie de leurs fourrures auprès de la nation huronne. Cette situation n’allait cependant pas durer, les Français ayant perdu leurs fidèles alliés lorsque les Hurons furent vaincus et dispersés par les Iroquois en 1649.

Les guerres franco-iroquoises et la Grande Paix de Montréal

Les rapports cordiaux avec les Hurons entraînèrent les Français dans un conflit opposant leurs alliés aux Iroquois. Pour obtenir des produits européens, ces derniers désiraient trouver de nouvelles sources de fourrures, ce qui créa des rivalités avec plusieurs nations autochtones. La participation française aux hostilités remonte à 1609 lorsque Champlain vainquit les Iroquois avec un groupe de Hurons, d’Innus et d’Algonquins. Cet épisode correspond au début des guerres franco-iroquoises qui furent marquées, de part et d’autre, par des atrocités. Ayant duré plus de 90 ans, le conflit prit fin en 1701 grâce à la signature de la Grande Paix de Montréal.

Les pourparlers menant à l’adoption de ce traité débutèrent en juillet 1700 alors que des Iroquois rencontrèrent à Montréal le gouverneur de la Nouvelle-France, en l’occurrence Louis-Hector de Callière. L’été suivant, 1300 délégués issus de 30 nations autochtones se rendirent à Montréal afin de discuter du processus de paix. Les accords conclus mirent non seulement un terme au conflit franco-iroquois, mais engagèrent également de nombreuses nations autochtones à vivre en paix tout en consacrant la neutralité de la Ligue iroquoise dans un éventuel conflit entre la France et l’Angleterre.

La conversion des âmes

Outre les contacts économiques et militaires, les Français voulurent convertir les Amérindiens au catholicisme. C’est dans cette optique que le récollet Joseph Le Caron fonda en 1615 une première mission en Huronie. D’autres établissements missionnaires furent fondés, le plus important étant Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons, qui fut établi en 1639 pour servir de quartier général aux missions jésuites en Huronie. En dépit des efforts déployés pour les amener à vivre à la française, les autochtones n’abandonnèrent pas leurs croyances qui étaient notamment fondées sur le respect de la nature et la reconnaissance du rôle des morts auprès des vivants.

Hachette de traite, 17e siècle
Crédit : Collection archéologique du ministère de la Culture et des Communications du Québec (Détails) Photo : Steven Darby, musée canadien des civilisations

Les contacts entre deux civilisations : la naissance des canadiens

La rencontre entre les amérindiens et les européens occasionna également des échanges culturels. En tant que premiers habitants du territoire, les autochtones aidèrent les Français à explorer le pays et à s’y adapter : ils leur donnèrent le remède contre le scorbut et les initièrent au canot et à la raquette. Les Français firent de nombreux emprunts aux amérindiens sur les plans alimentaire et vestimentaire, leur devant entre autres la consommation de la courge et le port de mocassins. En somme, au contact des autochtones et d’un nouvel environnement, les Français devinrent peu à peu canadiens.

La rencontre avec les Français : les impacts sur le mode de vie autochtone

Les soeurs Ursulines

Parallèlement, les amérindiens empruntèrent une panoplie d’usages et de produits à la culture européenne. Grâce au commerce des fourrures, ils obtinrent des objets tels que des haches de fer et des fusils dont l’utilisation contribua à modifier leur mode de vie. Les contacts avec les Français amenèrent aussi leur lot de problèmes, notamment celui des épidémies ayant décimé une partie importante de la population autochtone qui n’était pas immunisée contre certaines maladies. Malgré les emprunts faits aux Français et les dommages causés par les épidémies, les Amérindiens ont conservé jusqu’à aujourd’hui leur identité.

Pour en savoir plus...

Musée virtuel de la Nouvelle-France (Musée canadien des civilisations)

Bibliographie

Sources électroniques

Aux sources de la Nouvelle-France : www.archives.ca/05/0517/051701_f.html

HEIDENREIC, C.E. Hurons [en ligne], www.thecanadianencyclopedia.com (2 mars 2004)

JAENEN, Cornelius J. Grande Paix de Montréal (1701) [en ligne], www.thecanadianencyclopedia.com (2 mars 2004)

Musée virtuel de la Nouvelle-France : www.civilisations.ca/vmnf

Chronologie historique de la Nouvelle-France (1603 - 1763)

1603 Premier voyage de Samuel de Champlain au Canada. Ce voyage vers Tadoussac fut effectué sous la direction de François Gravé du Pont, Champlain n’occupant alors aucune fonction officielle.

1604 Champlain accompagne l’expédition de Pierre Du Gua de Monts à l’île Sainte-Croix et à Port-Royal, toujours sans titre officiel. Il commence alors l’exploration de la côte jusqu’à Cape Cod en 1605 et en 1606.

1604 - 1605 Établissement à l’île Sainte-Croix puis à Port-Royal, sous la direction du sieur de Monts.

1608 Mandaté par de Monts pour explorer le fleuve Saint-Laurent, Champlain fonde l’établissement de Québec.

1609 À la demande des Hurons et des Innus, Champlain remonte la rivière Richelieu jusqu’au lac Champlain et se bat contre les Iroquois. Cette bataille fut victorieuse pour Champlain et ses alliés.

1610 Champlain permet au jeune Étienne Brûlé de passer l’hiver parmi les Algonquins pour apprendre leur langue et leur culture. C’est probablement au cours de cet hivernement qu’il devient le premier blanc à séjourner sur le territoire actuel de l’Ontario.

1610 Les explorateurs anglais pénètrent dans la baie d’Hudson.

1611 Brûlé se rend en Huronie et devient le premier Européen à contempler les Grands Lacs.

1611 Nicolas de Vignau remonte la rivière des Outaouais avec les Algonquins. À son retour, il soutient avoir traversé un grand lac et descendu une rivière menant à un océan.

1613 Incité par les informations transmises par Vignau, Champlain entreprend une première exploration de la rivière des Outaouais. Il s’aventure alors pour la première fois en terre « ontarienne » : Champlain atteint le site actuel d’Ottawa et l’île aux Allumettes alors qu’il cherchait une route pour atteindre le passage du Nord-Ouest.

1615 Voyage de Champlain vers la Huronie. Empruntant la route suivie quatre ans auparavant par Brûlé, il explore la rivière Mattawa, le lac Nipissing et la rivière des Français, ce qui le mène à la baie Georgienne ainsi qu’à la découverte de la Huronie, du lac Huron et du lac Ontario.

1615 Séjour de Champlain en Huronie. Fondation de la première mission en Huronie par le Récollet Joseph Le Caron qui a aussi célébré la première messe jamais dite en Ontario près de Lafontaine, le 12 août 1615. Plus tard la même année, Champlain accompagne une expédition de guerre huronne contre des Iroquois. L’opération s’avère une défaite et Champlain est blessé. Il doit hiverner en Huronie.

1615 Champlain permet à Étienne Brûlé de voyager vers le sud par la rivière Humber et le lac Ontario, au-delà des terres iroquoises, jusqu’au pays des Andastes sur la rivière Susquehannah (Pennsylvania River). Il atteint la baie Chesapeake et devient le premier Européen à voir le lac Érié.

1615 - 1616 Champlain hiverne à Cahiagué et visite le pays des Pétuns, près de Collingwood. Il retourne ensuite à Québec, puis en France au printemps.

1616 Lors de son voyage de retour, Brûlé est capturé et torturé par des Iroquois qui le laissent éventuellement partir.

1618 Brûlé rentre à Québec, mais repart aussitôt pour le nord-ouest.

1620 Début de la colonisation anglaise en Nouvelle-Angleterre.

1621 Étienne Brûlé et Nicolas Marsolet atteignent le Sault-Sainte-Marie et voient le lac Supérieur.

1623 Les Récollets Gabriel Sagard-Théodat et Nicolas Viel établissent une mission chez les Hurons à Ossossané. Ils visitent aussi le pays des Pétuns. Rappelés en France en 1624, les Récollets sont remplacés par les Jésuites.

1626 Arrivée des premiers missionnaires jésuites en sol « ontarien ».

1626 Le père récollet Joseph de La Roche Daillon devient le premier missionnaire à se rendre chez les Neutres.

1627 Fondation de la Compagnie des Cent-Associés et début du commerce des fourrures.

1629 Québec capitule aux mains des frères Kirke qui prennent possession de la colonie au nom de l’Angleterre. Champlain est forcé de rentrer en France alors que Brûlé et Marsolet décident de demeurer en Nouvelle-France, ce qui est une trahison aux yeux de Champlain.

Vers 1630 Brûlé est tué par les Hurons.

1632 Québec redevient propriété française en vertu du traité de Saint-Germain-en-Laye.

1633 Retour de Champlain en Nouvelle-France.

1634 Jean Nicolet, qui est à l’emploi de la Compagnie des Cents-Associés, explore le lac Michigan.

1639 Fondation de la mission Sainte-Marie (auj. Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons, Midland).

1640 Célébration de la première messe à Niagara par le père Louis Hennepin.

1640 - 1641 Les Jésuites Jean de Brébeuf et Pierre-Joseph-Marie Chaumonot se rendent à Niagara par voie terrestre.

1642 Fondation de Ville-Marie (Montréal) par Paul de Chomedey de Maisonneuve.

1646 Martyre du père jésuite Isaac Jogues en Huronie. Charles Garnier établit une mission permanente parmi les Tionontatehronons (Pétuns).

1649 - 1651 Martyre des pères jésuites Jean de Brébeuf, Gabriel Lalemant, Charles Garnier et Chaumonot, en Huronie et en Pétunie. Destruction de la Huronie et de la Pétunie.

1653 Apparition des premiers coureurs des bois.

1660 Bataille du Long-Sault, mort de Dollard des Ormeaux.

1664 Les Hollandais cèdent New York à l’Angleterre.

1668 Établissement de la mission de Quinté (Kenté) sur les bords du lac Ontario par les missionnaires sulpiciens Claude Trouvé et François de Salignac de La Mothe- Fénelon.

1668 Le père Marquette fonde la mission du Sault-Sainte-Marie.

1668 Médard Chouart Des Groseilliers, employé par des investisseurs anglais, arrive à la baie James et y érige le fort Charles. De par son succès, cette expédition ouvre la voie à l’établissement de la Compagnie de la baie d’Hudson.

1669 Premier voyage de l’explorateur René-Robert Cavelier de La Salle en Ontario, accompagné de deux pères sulpiciens, Dollier de Casson et Bréhant de Galinée.

1670 Fondation de la mission de Sainte-Marie-du-Sault (auj. Sault-Sainte-Marie). Fondation de la Compagnie de la baie d’Hudson.

1673 Fondation du fort Cataracoui, dit aussi « fort Frontenac » (auj. Kingston).

1674 Établissement de la seigneurie de la Pointe-à-L’Orignal sur la rivière des Outaouais (auj. Canton de Champlain, Comtés unis de Prescott et Russell).

1676 Le Récollet Louis Hennepin construit une chapelle et une résidence missionnaire au fort Cataracoui.

1678 - 1679 Établissement du fort Conti, dit « fort Niagara ». Louis Hennepin et plusieurs hommes de l’équipage du sieur de La Salle visitent les chutes Niagara. Le sieur de La Salle inaugure le Griffon au fort Niagara. Ce vaisseau est le premier à naviguer sur le lac Huron. C’est aussi le premier vaisseau à couler dans les Grands Lacs.

1679 René-Robert Cavelier de La Salle baptise le lac Sainte-Claire, puis fonde le fort Michilimakinac, une mission et un poste de traite.

1682 Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart Des Groseilliers fondent la Compagnie du Nord pour faire concurrence à la Compagnie de la baie d’Hudson.

1686 Expédition militaire de Pierre de Troyes à la « mer » d’Hudson. Il s’empare de Moose Factory, de Rupert House et du fort Albany.

1686 Pierre Le Moyne d’Iberville est nommé commandant des postes de traite de la baie d’Hudson.

1689 Abandon du fort Frontenac (auj. Kingston).

1694 Premiers raids de Pierre Le Moyne d’Iberville à la « mer » d’Hudson.

1695 Reprise du fort Frontenac.

1697 Pierre Le Moyne d’Iberville défait les Anglais lors d’une bataille navale à York Factory. Il s’agit de la plus importante bataille navale qui eut lieu dans l’Arctique de l’histoire nord-américaine.

1699 Pierre Le Moyne d’Iberville fonde la Louisiane.

1701 Antoine Laumet, sieur de Lamothe Cadillac, fonde le fort Pontchartrain à Détroit (Windsor). Signature de la Grande Paix de Montréal.

1713 Par la signature du traité d’Utrecht, la France est contrainte de céder Terre-Neuve, la baie d’Hudson et une partie de l’Acadie à l’Angleterre.

1720 Fondation du fort Douville

1725 Reconstruction du fort Niagara. Premier poste de traite à Toronto.

1742 Fondation par les pères jésuites de la première mission dans la région du Détroit.

1748 Le père sulpicien François Picquet fonde une mission à La Présentation (auj. Ogdensburg, New York).

1749 Le gouvernement colonial adopte une proclamation en vue d’encourager les colons de la vallée du Saint-Laurent à s’établir à Détroit (Windsor).

1750 Fondation du fort Rouillé (Toronto).

1756 Début de la guerre de Sept Ans opposant la France et l’Angleterre.

1758 Perte du fort Frontenac (auj. Kingston).

1758 Établissement d’un chantier naval à Pointe-au-Baril (auj. Maitland) sur le lac Ontario.

1759 Perte des forts Niagara et Toronto. Les troupes du général Wolfe infligent une défaite aux Français sur les plaines d’Abraham, près de Québec.

1760 Capitulation de Montréal.

1763 Fin de la guerre de Sept Ans et cession de la Nouvelle-France à l’Angleterre en vertu du traité de Paris.
 

La grande épopée française en Amérique (1524 - 1763)

S’inscrivant dans le mouvement des grandes découvertes, la fondation de la Nouvelle-France résulte en quelque sorte de la volonté de réaliser trois objectifs. Outre le désir de propager la foi chrétienne, l’établissement de la colonie visait l’accroissement du prestige de la royauté française. Si des motifs religieux et politiques ont mené à la fondation de la Nouvelle-France, c’est d’abord et avant tout pour des raisons économiques que les Français vinrent en Amérique. Ils désiraient en effet exploiter les ressources du Nouveau Monde et y découvrir une route maritime vers l’ouest afin d’avoir accès aux fabuleuses richesses de l’Asie.

Les Vikings et les Basques

La découverte du Canada remonte à bien plus loin que ce que raconte l’histoire populaire. Dès la fin du 10e siècle, des Vikings, sous la direction d’Éric le Rouge, explorèrent la côte ouest du Groenland où ils établirent une colonie. Par la suite, d’autres expéditions vikings furent dirigées, vraisemblablement, vers la terre de Baffin, le Labrador et Terre-Neuve où furent implantées d’autres colonies qui reçurent les noms d’Helluland, Markland et Vinland. Cependant, hormis l’établissement de quelques colons, les entreprises vikings en sol canadien n’eurent pas de suite. Au 14e siècle, il ne devait plus rester aucune présence de cette population en Amérique. Mais les périples étrangers vers le Canada n’allaient pas cesser : des récits indiquent que déjà au 14e siècle des pêcheurs basques connaissaient la route des Amériques et qu’ils dressèrent des établissements temporaires sur les côtes de Terre-Neuve et du Labrador afin d’y pêcher la morue.

De Verrazzano à Cartier

Mandaté par François 1er pour trouver un passage vers la Chine, l’Italien Giovanni da Verrazzano mena en 1524 le premier voyage officiel de la France en Amérique alors qu’il explora le littoral s’étendant de la Floride à Terre-Neuve. Dix ans plus tard, il fut suivi par Jacques Cartier qui, en dressant une croix à Gaspé, prit possession du territoire au nom du roi de France. Lors de son voyage de 1535, Cartier devint le premier Européen à explorer le fleuve Saint-Laurent qu’il remonta jusqu’à Hochelaga, c’est-à-dire Montréal. Même si le groupe guidé par le navigateur passa l’hiver 1535 - 1536 au Canada, ce n’est qu’en 1541 que les Français effectuèrent une première tentative de colonisation qui se solda par un échec.

La présence des pêcheurs européens

À la suite de cet insuccès, les autorités françaises se désintéressèrent de l’Amérique du Nord. Toutefois, les Européens ne cessèrent pas de fréquenter le territoire, des pêcheurs basques, bretons et normands se rendant régulièrement sur les bancs de Terre-Neuve depuis la première décennie du 16e siècle. Entrés en contact avec les Amérindiens probablement aussi tôt que 1550, ces pêcheurs ramenèrent des fourrures en France, ce qui incita, dès les années 1580, des armateurs à abandonner la pêche au profit du commerce des pelleteries.

Le séjour à l’île de Sable

C’est dans ce contexte que l’intérêt de la France pour l’Amérique du Nord se raviva. En 1598, on procéda à un deuxième effort de colonisation en fondant un établissement à l’île de Sable au large de la Nouvelle-Écosse. Marquée par plusieurs meurtres, l’aventure prit cependant fin en 1603. Parallèlement, les Français organisèrent des voyages de découverte visant notamment à développer le commerce des fourrures. En 1600, Pierre de Chauvin de Tonnetuit entreprit un périple à destination de Tadoussac et, trois ans plus tard, François Gravé Du Pont en dirigea un qui amena une partie de son équipage au sault Saint-Louis près de Montréal.

La fondation de la Nouvelle-France

En juin 1604, un groupe de Français mené par Pierre Du Gua de Monts s’installa à l’île Sainte-Croix, en Acadie, où il passa l’hiver. Ce dernier fut désastreux : le froid et le scorbut firent des ravages et la troupe abandonna l’île l’été suivant. Même si aucun établissement ne fut fondé, ce passage à l’île Sainte-Croix marque les véritables débuts de la colonie : désormais, les Français seront présents, année après année, en terre nord-américaine. Ils construiront une habitation à Port-Royal en 1605, puis Samuel de Champlain fondera Québec en l’an de grâce 1608, jetant ainsi les bases du développement de la vallée du Saint-Laurent.

Un développement qui se fait attendre

La Nouvelle-France n’allait toutefois pas se développer rapidement. À preuve, la première famille de colons n’arriva qu’en 1617 et sa population ne se chiffrait qu’à 3 000 habitants en 1663. La faiblesse du peuplement s’explique par l’infériorité numérique des femmes, mais aussi par le fait que le commerce des fourrures, principale activité économique, nécessitait peu de main-d’œuvre. De plus, la Nouvelle-France fut administrée, de 1608 à 1663, par des compagnies qui se consacrèrent à la traite des pelleteries, négligeant ainsi de peupler et de développer la colonie de sorte que Québec demeura longtemps un comptoir commercial. Il est toutefois à noter, à titre indicatif, que l’essentiel des colons ayant peuplé la Nouvelle-France provenaient de la Normandie, de l’Île-de-France, du Poitou et de l’Aunis.

Un nouvel envol pour la colonie

En 1663, la Nouvelle-France redevint la propriété du roi, en l’occurrence Louis XIV, qui procéda à une réforme de la colonie. Il dota cette dernière d’une structure politique hiérarchisée et créa un conseil souverain chargé de la justice royale. Le Roi-Soleil réussit aussi à pacifier les Iroquois en envoyant le régiment de Carignan-Salières. L’établissement de 400 soldats au Canada favorisa le peuplement auquel contribua également la venue de près de 850 filles du roi. Ces initiatives donnèrent un élan à la natalité : dorénavant, la population de la vallée du Saint-Laurent se renouvellera surtout grâce aux naissances. Elle s’élevait d’ailleurs à environ 20 000 habitants au début du 18e siècle.

La vie économique en Nouvelle-France

La réorganisation entreprise par Louis XIV visait aussi le développement économique. Sous la direction de l’intendant Jean Talon, on tenta notamment de faciliter l’essor de la culture industrielle et du commerce avec les Antilles. Ces initiatives étant vouées à l’échec, il fallut attendre le 18e siècle pour assister à l’implantation de deux grandes industries, à savoir les Forges Saint-Maurice et la construction navale royale. Cependant, il n’en reste pas moins que la majorité de la population vivait de l’agriculture dont les surplus furent exportés à partir de 1720. Malgré tout, la traite des fourrures constituait toujours la principale activité économique, accaparant 70 % des exportations.

Les explorations et l’expansion territoriale

La nécessité de s’approvisionner en fourrures de même que les visées impérialistes de Louis XIV favorisèrent la reprise des explorations. Grâce aux expéditions de Louis Jolliet, du père Marquette et de Cavelier de La Salle, pour ne nommer que quelques explorateurs, la Nouvelle-France atteignit son maximum d’extension territoriale au début du 18e siècle. Elle comprenait alors Terre-Neuve, l’Acadie, la baie d’Hudson, la vallée du Saint-Laurent ainsi que les régions des Grands Lacs et du Mississippi. Qui plus est, des forts et des postes de traite jalonnaient les voies de communication à l’ouest du lac Supérieur.

Le début de la fin

L’empire français fut cependant amputé d’une partie de son territoire en 1713 lorsque le traité d’Utrecht commanda à la France de céder Terre-Neuve, la baie d’Hudson et une partie de l’Acadie à l’Angleterre. Ces évènements furent suivis d’une longue période de paix qui servit à préparer la guerre : on fortifia la colonie, notamment en érigeant la forteresse de Louisbourg sur l’île du Cap Breton. Les hostilités reprirent en 1744. Au terme du conflit qui dura quatre ans, la France n’avait pas réussi à remettre la main sur les terres perdues en 1713, mais le territoire de sa colonie demeurait intact. Aussi, la Nouvelle-France bénéficia-t-elle d’un dernier répit.

La guerre de la Conquête

L’année 1754 fut marquée par le début des hostilités dans la vallée de l’Ohio que les colonies américaines, encerclées par la Nouvelle-France, convoitaient pour assurer leur expansion. Ces évènements annonçaient l’assaut final : en 1759, les Britanniques battaient les Français sur les plaines d’Abraham près de Québec et, l’année suivante, Montréal tomba à son tour. Par la signature du traité de Paris en 1763, la France céda à l’Angleterre une colonie qui lui coûtait cher et lui rapportait peu. C’en était donc fait de la Nouvelle-France, mais la présence française en Amérique allait se perpétuer jusqu’à nos jours.

Bibliographie

Sources électroniques

MATHIEU, Jacques. Nouvelle-France [en ligne], www.thecanadianencyclopedia.com (9 mars 2004)

TRUDEL, Marcel. Jacques Cartier [en ligne], www.thecanadianencyclopedia.com (9 mars 2004)

 

Carte du Canada ou de la Nouvelle-France de Guillaume Délisle, 1703 (Détails)
Crédit : ANC NMC 011897

 

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