Historique de la Nouvelle France

Les explorateurs

Étienne Brûlé

Étienne Brûlé, émissaire de Champlain

Étienne Brûlé naquit vraisemblablement en 1591 ou en 1592, à Champigny-sur-Marne, près de Paris. En 1608, il suivit Samuel de Champlain jusqu’en Nouvelle-France. Deux ans plus tard, ayant déjà exploré la rivière Richelieu et rencontré des Hurons, à qui il s’était allié contre les Iroquois, Champlain commença à s’intéresser de plus en plus à l’intérieur du pays. Il envoya donc le jeune Brûlé vivre avec des Algonquins, dont le chef se nommait Iroquet, afin qu’il puisse apprendre la langue et les coutumes du peuple autochtone. Brûlé vécut avec eux durant un an avant de revoir Champlain, en juin 1611, près des rapides de Lachine, appelés sault Saint-Louis à l’époque. Champlain remarqua qu’Étienne Brûlé avait très bien appris la langue des Algonquins.

Le séjour en Huronie

Étienne Brûlé à l’embouchure de la rivière Humber, illustration de C.W. Jefferys (Détails)
Crédit : C-73635

Aussitôt, le jeune Brûlé repartit vers le pays des Hurons. Pour atteindre ce territoire, il emprunta, semble-t-il, l’Outaouais, puis la Mattawa, pour ensuite traverser le lac Nipissing et descendre la rivière des Français jusqu’à la baie Georgienne. Le jeune explorateur séjourna en Huronie jusqu’en septembre 1615. Il partit alors, accompagné de guides hurons, en direction de la jonction des lacs Érié et Ontario, où est actuellement située la ville de Buffalo. Au printemps 1616, Brûlé repartit vers le nord et fut capturé par des Iroquois qui l’auraient, selon ses dires, menacé de torture et de mort. Il se tira d’affaire en prétendant être un négociateur influent, capable de rétablir la paix avec les Français et les autres ennemis des Iroquois. Il réussit, en 1618, à rejoindre la colonie après 34 mois d’absence.

Le voyage vers le lac Supérieur

En 1618, Étienne Brûlé informa Samuel de Champlain de son désir de se rendre au lac Supérieur. Ayant obtenu la bénédiction de Champlain, le jeune explorateur ne tarda pas à partir. En 1621, après trois années de recherche, il réussit à atteindre la jonction entre le lac Huron et le lac Supérieur, soit le sault Sainte-Marie.

La trahison

La réputation d’Étienne Brûlé fut légèrement ternie une première fois en 1624, alors que Gabriel Sagard réussit à le discréditer aux yeux de Champlain, l’accusant de travailler non seulement pour la colonie, mais aussi pour les commerçants de fourrures auxquels Champlain était opposé. En 1629, sa mémoire fut cette fois salie de manière irrémédiable. Après que Champlain eût capitulé et remis sa colonie aux mains des frères Kirke, Étienne Brûlé et Nicolas Marsolet annoncèrent leur intention de rester en Nouvelle-France, à Tadoussac, alors que tous les autres regagnaient la mère patrie. Leur refus de partir fut un bon indicateur du rôle qu’ils avaient joué dans la colonie au cours des années précédentes. À son retour à Québec en 1633, Samuel de Champlain apprit qu’Étienne Brûlé avait été assassiné par les Hurons, durant la période où la colonie était anglaise.

René-Robert Cavelier de La Salle

Cavelier de la Salle est né le 21 novembre 1643 en Normandie. Il fut novice chez les Jésuite pendant deux ans et prononca ses voeux en 1660. Sa vocation ne durera pas bien longtemps et sept ans plus tard, il quittera la congrégation des Jésuites et vint s’établir en Nouvelle-France. Bien que le goût de l’aventure soit très présent chez La Salle, il semble qu’il n’ait pas possédé les qualités d’un bon explorateur.

Lors de sa première expédition, il entreprend de chercher un passage vers l’ouest et de cartographier les découvertes. Il partira avec une équipe composée de guides amérindiens, d’engagés et de sulpiciens. L’expédition se terminera avant d’avoir atteint son but. Sur les rives du lac Érié, Cavelier de La Salle, dérouté, voulut revenir à Ville-Marie.

Sa dernière grande expédition aura marqué l’histoire de la Nouvelle-France. Cette fois-ci, l’objectif de voyage est d’explorer les terres du sud. La Salle entreprend aussi la construction de forts qui serviront de postes de traite dans le commerce de la fourrure. C’est lors de cette expédition que sonts construits les forts Niagara, Miami, Prud’homme et Crèvecoeur.

En janvier 1682, Cavelier de La Salle et les membres de son équipage descendent toujours plus au sud, et rejoingnent le fleuve Mississippi. C’est au mois d’avril de la même année que La Salle prend possession des terres de la Louisiane au nom du roi de France, Louis XIV. Ce dernier lui confie la tâche d’établir une colonie en Louisianne. Près de trois cents Français ont entrepris le voyage mais l’établissement d’une colonie s’avérera bien difficile. On y retrouvera moins d’une cinquantaine d’habitants en 1687, année où René-Robert Cavelier de La Salle fut assassiné.

Pierre Le Moyne d’Iberville

L’explorateur canadien

Pierre Le Moyne d’Iberville naquit à Ville-Marie (Montréal) en 1661. Son père, Charles Le Moyne, était l’un des plus riches et influents pionniers de la jeune ville. Il fut d’ailleurs de ceux qui participèrent à la création de la Compagnie du Nord, aussi connue sous le nom de Compagnie française de la baie d’Hudson. Trois ans plus tard, les investissements de cette compagnie étaient en péril. La compagnie obtint toutefois l’appui du gouverneur de la colonie, Jacques René de Brisay, marquis de Denonville, ce qui lui permis de financer une expédition à la baie d’Hudson en 1686 à laquelle prirent part Iberville et ses deux frères, Jacques Le Moyne de Sainte-Hélène et Paul Le Moyne de Maricourt. L’expédition fut un succès et la compagnie obtint le contrôle de trois nouveaux postes de traite situés au sud de la baie d’Hudson, soit à Monsoni (Moose Factory), Rupert (Charles) et Quichichouane (Albany).

En poste à la baie d’Hudson

Toujours en 1686, Iberville, âgé de 25 ans, se vit confier le commandement des postes que la compagnie venait d’acquérir. Il y resta un an et réussit à s’emparer de deux navires anglais près de la rivière Nelson. Cette capture lui permit d’approvisionner le fort Monsoni et d’éviter la famine. En 1687, Iberville rentra à Québec par la mer, à bord d’un navire chargé à ras bord de fourrures et de marchandises anglaises. À l’hiver 1687 - 1688, Iberville séjourna en France où il parvint à convaincre Versailles de soutenir la Compagnie française de la baie d’Hudson. Le roi lui confia donc un navire rapide et moderne, le Soleil d’Afrique, afin de renforcer la position française dans cette région nordique. Iberville décida alors de s’emparer du fort York où, avec moins de 20 hommes, il s’appropria deux navires et captura 80 hommes. Il rentra à Québec le 12 septembre 1689 à bord d’un navire armé de 24 canons.

Iberville, corsaire

Les hostilités entre la France et l’Angleterre furent suspendues en 1687, mais reprirent en 1689. Le 5 août, des habitants de Lachine furent attaqués et massacrés, ce qui poussa le gouverneur Frontenac à élaborer un plan de riposte.

Portrait de Pierre Le Moyne d’Iberville, Portrait de G.D. Warburton (Détails)
Crédit : C-26026

Le 18 février 1690, ils attaquèrent le village de Coarler (Schenechtady, Maine), le détruisant presque entièrement et massacrant une soixantaine de ses habitants. Après cela, Iberville retourna à la baie d’Hudson, mais son séjour fut sans émoi. En 1693, alors qu’Iberville naviguait entre la France et le golfe Saint-Laurent, les forces anglaises par-vinrent à reprendre les postes de la baie James. Au mois d’août 1694, ayant obtenu un monopole de trois ans sur le commerce de la baie d’Hudson, Iberville y retourna dans le but de reprendre les postes perdus. Le fort Nelson fut finalement repris le 13 octobre suivant et Iberville se vit confier la patrouille de l’Atlantique, entre le Maine et Terre-Neuve. Fidèle à sa réputation, l’explorateur mit la main, en 1696, sur le fort William Henry, sur la côte du Maine ainsi que sur le fort Saint-Jean à Terre-Neuve. Iberville dut alors retourner d’urgence à la baie d’Hudson où les forts furent, une fois de plus, repris par les Anglais. Le 13 septembre 1697, Iberville reprit le fort Nelson. Toutefois, la signature du traité de Ryswick, sept jours plus tard, l’obligea à le redonner aux Anglais. En effet, le traité consacra à ces derniers le contrôle de la baie d’Hudson et aux Français, la dominance sur la baie James. La France dut aussi rendre une partie de l’Acadie et Pemaquid aux Anglais, rendant les conquêtes d’Iberville inutiles.

Vers la Louisiane et les Antilles

Pierre Le Moyne d’Iberville fut donc obligé de porter son regard sur d’autres régions. Il lui vint alors l’idée de solidifier la présence française en Amérique du Nord et il avança l’idée d’établir une colonie à l’embouchure du fleuve Mississippi. En trois expéditions, en 1699, 1700 et en 1701, il construisit les forts Maurepas (Biloxi), Mississippi et Saint-Louis (Mobile). Iberville est donc le fondateur de la Louisiane. En 1702, l’explorateur dut quitter la nouvelle colonie pour les Antilles anglaises. Il n’y remit plus jamais les pieds. Aux Antilles anglaises, Iberville sema la terreur, neutralisant même l’île de Nevis, exploit qui inquiéta la Nouvelle-Angleterre. Après cela, il fit escale à La Havane, apparemment pour y vendre du fer français. Il mourut le 9 juillet 1706, à bord du Juste, terrassé par une maladie ou par les fièvres qu’il éprouvait depuis 1701. Iberville fut enterré à l’église de San Cristobal, à La Havane, désigné dans les registres de la paroisse sous le nom de « El general Dom Pedro Berbila ».

Louis de Buade, Comte de Frontenac

Louis de Buade, comte de Frontenac a été gouverneur général de la Nouvelle-France de 1672 à 1682, et de 1689 jusqu’à sa mort en 1698. Il fut l’une des figures les plus turbulentes et les plus influentes de l’histoire de la Nouvelle-France, surtout connue comme l’architecte de l’expansion française dans l’Ouest de l’Amérique du Nord.

Apercevant les possibilités de la traite des fourrures dans l’Ouest, moins d’un an après son arrivée dans la colonie, Frontenac établit un poste de traite sur le lac Ontario, à l’embouchure de la rivière Cataracoui, là où s’élève maintenant la ville de Kingston. Nommé fort Frontenac ou parfois fort Cataracoui, il était le premier d’une série de postes de traite élevés dans l’Ouest sous la gouverne de Frontenac.

Même si l’histoire a révélé l’évidence que les actes de Frontenac avaient d’abord pour mobile ses propres intérêts financiers et ceux de ses associés, il n’en demeure pas moins que les postes de l’Ouest établis par Frontenac ont servi la politique impérialiste française tendant à occuper toute l’Amérique du Nord à l’ouest des Apalaches, entre les Grands Lacs et le golfe du Mexique.

Pour en savoir plus...

Musée virtuel de la Nouvelle-France

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