Historique de la Nouvelle France

Samuel de Champlain : père de la Nouvelle-France

Considéré comme le père de la Nouvelle-France, Samuel de Champlain, fils d’un capitaine de la marine, naquit à Brouage aux environs de 1570. Si les historiens connaissent bien les exploits de sa carrière, ils en savent toutefois peu sur la vie personnelle de ce grand explorateur. C’est que Champlain, qui a beaucoup écrit sur ses voyages, est resté muet sur les faits de sa vie intime. Au surplus, comme les registres de Brouage antérieurs à 1690 furent détruits par un incendie, il est impossible de connaître avec exactitude son année de naissance, ses origines familiales et sa religion de baptême.
 

Samuel de Champlain


Selon toute vraisemblance, Samuel de Champlain aurait été baptisé protestant comme l’indique son prénom qui, en Saintonge où il est né, n’était donné qu’à des huguenots. Cette hypothèse se trouve renforcée par le fait que Champlain fréquenta au cours de sa jeunesse un collège protestant à Rochefort. Qu’il soit né catholique ou protestant, une chose est cependant claire : lorsqu’il arriva au Canada en 1603, il pratiquait le catholicisme.

Bien entendu, certains faits concernant la vie privée de Champlain sont connus des historiens. C’est entre autres le cas de son mariage contracté en France en l’an de grâce 1610 alors qu’il lia sa destinée à celle d’Hélène Boullé qui n’était âgée que de 12 ans. Celle-ci séjourna d’ailleurs en Nouvelle-France de 1620 à 1624, soit durant le plus long séjour de son époux dans la colonie.

En tout, Champlain se rendit au moins onze fois en Nouvelle-France où il mena une existence mouvementée durant laquelle il fut non seulement explorateur et géographe, mais également cartographe, colonisateur, ethnographe et administrateur. De par son obstination à maintenir la présence française dans la vallée du Saint-Laurent, cet homme courageux, énergique et aventurier mérite le titre de fondateur du Canada.

Les débuts d’une longue carrière

Grand personnage historique, Samuel de Champlain entama sa carrière canadienne en 1603 lorsque, parti de Honfleur à bord de la Bonne-Renommée, il débarqua à Tadoussac le 26 mai. Lors de ce premier voyage en Nouvelle-France, le célèbre explorateur ne semble guère avoir occupé de fon-ction officielle : tout porte à croire que Champlain se serait embarqué comme simple observateur même si, dans les faits, il agit en géographe. Au cours de ce séjour en sol canadien, il eut la chance d’explorer une partie des rivières Saguenay et Richelieu ainsi que le majestueux fleuve Saint-Laurent avant de rentrer en Europe à la fin de l’été.

Carte de l’Acadie datant de 1757


L’établissement de l’Acadie

De retour en Nouvelle-France au printemps 1604, Champlain s’aventura en Acadie avec un groupe de Français mené par Pierre Du Gua de Monts. Son rôle fut cette fois plus important : c’est lui qui choisit l’île Sainte-Croix (île Dochet, Maine) comme lieu d’hivernement pour la saison froide 1604 - 1605. Ce choix s’avéra cependant funeste, le scorbut et la rigueur du climat tuant 35 des 79 hommes qui y séjournaient.

À l’été 1605, Champlain participa à la fondation de Port-Royal (Annapolis Royal, Nouvelle-Écosse) où les survivants s’installèrent après avoir quitté l’île Sainte-Croix. Il y demeura jusqu’en 1607, date à laquelle les Français abandonnèrent la colonie pour regagner la France. Ce séjour de trois ans offrit à Champlain l’occasion d’assumer la fonction de géographe sans toutefois en détenir le titre officiel. Il explora alors l’Acadie et la côte atlantique et cartographia le territoire allant du Cap Breton au sud de Cape Cod.

De la fondation de Québec au début du conflit franco-iroquois

En 1608, lorsqu’il mit à nouveau les pieds en Nouvelle-France, Champlain occupait enfin une fonction officielle. C’est donc en tant que lieutenant du sieur De Monts qu’il fit construire une habitation à Québec, jetant ainsi les bases de la ville qui est le plus vieil établissement de peuplement permanent en Amérique du Nord. Le premier hivernement à Québec fut des plus rudes alors que le scorbut entraîna la mort de 16 des 25 membres de l’équipage.

Abitation de Québec
Crédit : ANC C-009711 (Détails)

Toutefois, Champlain ne lésina pas : dès la fonte des neiges, il reprit son voyage vers l’intérieur des terres et rencontra, près de la rivière Richelieu, un groupe de Hurons, d’Algonquins et d’Innus qui se préparaient à faire la guerre aux Iroquois. Entre la fin mai et la fin juillet 1609, Champlain, accompagné des autochtones et de deux Français, remonta la rivière Richelieu à bord d’une barque. Au terme de cette remontée, il atteignit un grand lac qui porte aujourd’hui son nom et participa à un premier combat contre les Iroquois. Cet épisode marqua le début du conflit franco-iroquois qui dura plus de 90 ans. Le 8 octobre 1609, l’explorateur retourna en France pour y passer l’hiver.


Une nouvelle expédition contre les Iroquois

À son retour de France en mai 1610, l’explorateur fut accueilli par des Hurons qui solli-citèrent à nouveau son aide dans une expédition contre les Iroquois. Champlain les rencontra en fait dans la région du lac des Deux-Montagnes, où les Hurons arrivèrent le 13 juin en compagnie du jeune Étienne Brûlé qui avait vécu à l’intérieur du continent pendant un an. Champlain, qui espérait faire de la traite avec eux, se rendit vite compte que les Hurons avaient beaucoup plus intérêt à conclure une alliance militaire qu’à faire du commerce avec les Européens. Les Français participèrent alors à une nouvelle expédition contre les Iroquois, victorieuse elle aussi, au cours de laquelle Champlain fut blessé. Les marchands qui voulaient faire de la traite avec les autochtones jugèrent l’expédition peu profitable.

Champlain en Ontario

En l’an 1613, Samuel de Champlain décida de s’embarquer à la recherche de la mer du Nord. Au cours du mois de mai, il se rendit au sault Saint-Louis, près du lac des Deux-Montagnes, pour y rencontrer des Algonquins. Du mois de mai au mois d’août, il remonta la rivière des Outaouais, passant par les rapides du Long-Sault où il faillit perdre la vie. L’explorateur se rendit ensuite dans la région de l’actuelle ville d’Ottawa et il nomma les chutes Rideau. Ce voyage représente la première excursion notoire de l’explorateur sur le territoire actuel de l’Ontario. Lors de ce voyage, il se rendit jusqu’à l’île aux Allumettes. Ne trouvant pas la route menant à la mer du Nord, Champlain rebroussa chemin et, de Québec, repartit vers la France pour l’hiver.

La remontée jusqu’aux Grands Lacs

Champlain et Amérindiens, Musée McCord

C’est en 1615 que Samuel de Champlain s’aventura pour la première fois dans la région des Grands Lacs. Gagnant d’abord la Huronie, l’explorateur remonta la rivière Mattawa, s’arrêtant à l’endroit où est aujourd’hui située la ville du même nom. Champlain explora ensuite le lac Nipissing, emprunta la rivière des Français pour enfin se rendre à la mer douce, c’est-à-dire le lac Huron. Aujourd’hui, près de la rivière des Français, se trouve le parc Riverain, qui est un attrait touristique provincial naturel de choix de cette région de l’Ontario. Une fois de plus, les Hurons revendiquèrent l’aide des Français contre les Iroquois. Il semble que Champlain n’était pas favorable à l’idée de se battre à nouveau, mais il finit tout de même par y consentir et s’embarqua sur les voies d’eau qui le conduisirent au pays des Iroquois, en compagnie de ses alliés hurons.

Vers la fin du mois d’octobre 1615, l’équipage de Champlain et ses alliés hurons arrivèrent au sud du lac Ontario où ils trouvèrent un bourg ennemi. Malgré la supériorité technologique des Français, l’indiscipline au sein des troupes fit en sorte que les Français et les Hurons ne purent bien s’organiser et subirent la défaite face aux Iroquois. Champlain fut même blessé à la jambe durant la bataille. Cette première victoire des Iroquois face aux Français allait s’avérer très importante car elle marqua, de fait, le début de la domination iroquoise sur les Grands Lacs. Battus et blessés, les Français durent hiverner chez les Hurons, profitant de cette occasion pour explorer un peu le pays. Le printemps arrivé, ils retournèrent à Québec.

La fin de l’exploration et la mort d’un grand homme

À partir de 1620, Samuel de Champlain se voua à l’administration de la colonie. Délaissant l’exploration, il consacra ses trois derniers séjours en Nouvelle-France à l’éta-blissement de législations, à l’amélioration de la défense de Québec et à l’avancement de l’agriculture pour ne nommer que quelques-uns de ses champs d’intérêt. Malgré les efforts déployés pour favoriser son développement, Québec ne put résister aux frères Kirke et Champlain fut contraint de leur livrer l’établissement en 1629.

Il rentra alors en Europe à bord d’un navire anglais et s’efforça d’accélérer la restitution de Québec aux Français, ce qui fut fait en vertu du traité de Saint-Germain-en-Laye signé en 1632. Un an plus tard, Champlain était de retour en Amérique. Il ne devait cependant plus remettre les pieds en Europe puisque, prit de paralysie, il mourut à Québec le 25 décembre 1635. À ce jour, les restes du fondateur de la vieille capitale n’ont malheureusement jamais été retrouvés.

Bibliographie

La Société d’histoire de Toronto. « Samuel de Champlain : père de la Nouvelle-France », Bulletin de la Société d’histoire de Toronto, novembre 2003, p. 3.

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