Historique de la Nouvelle France

Sur les traces de la fleur de lys : Champlain et les sites historiques en Ontario

Introduction

L’une des périodes les moins connues de l’histoire de l’Ontario, débutant aux alentours de 1610 et s’étendant jusqu’en 1763, est l’époque durant laquelle la province faisait partie intégrante de la Nouvelle-France. Au cours de l’Ancien Régime, et particulièrement pendant les dernières années, l’Ontario était un grand centre d’activités : malheureusement, cette réalité historique est peu évoquée dans nos manuels scolaires.

Les voyages de Champlain, 1613 et 1615 - 1616

Malgré le fait qu’il fut précédé presque partout où il se rendit par Étienne Brûlé et Nicolas de Vignau, Champlain est néanmoins considéré comme étant le premier européen à mettre les pieds aux endroits qui nous sont maintenant si familiers.

Huron

Voyageant sur la rivière Kitchesippi (la rivière des Outaouais) à partir de Hochelaga (Montréal) en 1613 dans le but d’atteindre le passage du Nord-Ouest, Champlain et ses compagnons hurons se rendirent à la réserve algonquine de l’île aux Allumettes. À leur arrivée, l’informateur de Champlain, Nicolas de Vignau, confessa avoir menti à propos de ce qu’il avait vu lors de son séjour chez les Algonquins en 1611 - 1612. C’est alors que Champlain, à la grande satisfaction des Algonquins, rebroussa chemin et retourna à Québec. Son découragement ne dura pas longtemps. En 1615, à cause de l’insistance de ses alliés hurons, Champlain se rendit en Huronie pour les aider à attaquer les Iroquois. Suivant la même route que Brûlé avait choisie lorsqu’il séjourna chez les Wendats (Hurons) quatre ans auparavant, Champlain arriva au village huron de Cahiagué, près de l’actuelle ville de Warminster.

Demeurant chez les Wendats seulement pour une courte période de temps, Champlain et son équipe se rendirent à l’endroit nommé The Narrows, entre le lac Couchiching et l’étendue d’eau qui porte aujourd’hui le nom de lac Simcoe. L’équipe emprunta ensuite la rivière Trent jusqu’à la baie de Quinté, passant par l’extrémité est du lac Ontario, puis remonta la rivière Oswego jusqu’au coeur du pays iroquois près du lac Oneida. C’est au cours de la bataille qui suivit que Champlain fut blessé à deux reprises par les Iroquois. Il dut être transporté à Cahiagué, où il passa l’hiver.

Toutefois, Champlain ne se reposa pas au cours de l’hivernement 1615 - 1616 en Huronie. Durant la saison froide, il participa au grand festival des morts des Wendats au village d’Ossossané. Il voyagea aussi à travers les montagnes bleues et visita les villages des Tionontatehronons, autochtones que Champlain appelait « la nation du Pétun » (la nation du tabac) à cause du tabac que cultivaient ces Amérindiens.

Au printemps 1616, Champlain retourna à Québec par le chemin qu’il avait emprunté l’année précédente. Il repartit ensuite pour la France. Le célèbre explorateur ne devait plus jamais retourner sur le territoire qui correspond aujourd’hui à l’Ontario. Cependant, Champlain et ses collègues ouvrirent la voie à une multitude d’explorateurs qui suivirent leurs traces.

La rivière des Outaouais

Le Long-Sault

Rapides du Long Sault


Le Long-Sault est une longue série de rapides (aujourd’hui disparus) qui étaient situés sur la rivière des Outaouais à proximité de Hawkesbury. C’est à cet endroit que Champlain faillit perdre la vie lors de son premier voyage sur la rivière des Outaouais en 1613.

Le meilleur endroit pour observer la rivière se trouve sur l’autoroute 41, près de la rue Front (route régionale 4). Tournez à droite sur la rue Front Nord, en direction ouest après Chute-à-Blondeau en passant par Hawkesbury.

Les chutes Rideau


Astrolabe de Champlain
 (Musée canadien des civilisations)

L’astrolabe fut retrouvé en 1867, près de Cobden, par un jeune fermier de 14 ans.


Ces chutes ressemblant à un rideau sont situées à l’embouchure de la rivière Rideau, à l’endroit où elle se déverse dans la rivière des Outaouais. C’est à Champlain que revient l’honneur d’être le premier Européen à avoir décrit ces magnifiques cascades d’eau. Ces dernières doivent d’ailleurs leur nom au célèbre explorateur.

Le lac vert (lac de l'Astrolabe)

C’est près d’ici, en 1613, en portageant une série de petits lacs, maintenant connus sous l’appellation de lacs Champlain Trail, que le père de la Nouvelle-France perdit son astrolabe, outil essentiel à la navigation. L’instrument fut éventuellement retrouvé, quelque 254 ans plus tard, par un jeune fermier de 14 ans nommé Edward Lee. Depuis 1989, l’astrolabe de Champlain est conservé au Musée canadien des civilisations à Gatineau (secteur Hull).

Dans le but de commémorer l’expédition de Champlain de 1613, une plaque historique a été installée au parc des Vétérans (Veterans’s Park), sur la route 17, à proximité de Cobden, près de l’endroit où l’astrolabe fut trouvé en 1867.

L’île aux Allumettes

C’est à l’île aux Allumettes que se trouvait le principal village du puissant chef Tessouat et de son peuple, les Kichesippirinis, une tribu de la nation algonquine. C’est Tessouat qui affirma à Champlain que Nicolas de Vignau lui avait menti en affirmant avoir atteint l’océan en 1611. C’est aussi lui qui, évoquant des difficultés avec les Nipissirinis, persuada Champlain d’abandonner son voyage de 1613 et de retourner à Québec.

On peut se rendre à l’île aux Allumettes en empruntant le pont de la route 148, près de Pembroke.

La rivière Mattawa

Rivière Mattawa


Connue à l’époque de Champlain sous le nom de « petite rivière », la Mattawa se jette dans la rivière des Outaouais, le long d’une ancienne ligne de faille géologique. Faisant partie de la célèbre « route des voyageurs », la rivière Mattawa formait la deuxième section de la principale route de traite reliant Hochelaga (Montréal) au pays de la nation des Wendats (Hurons) et aux vastes régions du nord-ouest canadien.

Ayant servi d’autoroute pour les autochtones depuis des temps immémoriaux - et ayant été empruntée plus récemment par les bûcherons - la Mattawa est maintenant un site récréatif. Elle a d’ailleurs été désignée « Rivière du patrimoine canadien » en 1988.

On peut accéder au parc provincial de la rivière Mattawa par les routes 17 et 63 en divers endroits le long du cours d’eau. Il est entre autres possible de s’y rendre via le parc provincial Samuel-de-Champlain.

Le lac Nipissing et les portages La Vase

Les portages La Vase s’étendent sur 11 kilomètres et traversent des contrées sauvages comportant notamment des étangs à castors et des marais. Ces trois portages constituent un lien essentiel reliant la rivière Mattawa qui s’écoule vers l’est au lac Nipissing et à la rivière des Français qui se déversent à l’ouest dans la baie Georgienne.

En 2002, les portages La Vase furent intégrés au Réseau des rivières du patrimoine canadien. Les autochtones ont commencé à utiliser ces portages, riches en ressources archéologiques, au moins 6 000 ans avant l’arrivée des Européens.

Visitez la zone de conservation La Vase Portage, qui se trouve à 5,5 km à l’est de North Bay sur la route 17. Il y a plusieurs marqueurs historiques le long de la route 17, à l’est de la ville, indiquant la route des portages.

La rivière des Français

Désignée « Rivière du patrimoine canadien » en 1986, la rivière des Français était la troisième rivière en importance pour les voyageurs en partance de Lachine (Montréal) vers la région du Nipissing et de la baie Georgienne.

Suivant le déclin de la traite des fourrures, la rivière des Français, à l’instar de la Mattawa, devint un attrait intéressant pour l’industrie du bois. De nos jours, elle s’avère être un paradis pour les utilisateurs récréatifs, incluant les canotiers et les pêcheurs. Cependant, cette rivière fut utilisée par les autochtones pour des milliers d’années, tel qu’en témoignent les peintures sur les rochers longeant le cours d’eau.

La baie Georgienne

On parle souvent de la baie comme étant le sixième Grand Lacs puisqu’elle est presque aussi grande que le lac Ontario. La baie Georgienne est très populaire pour ses milliers d’îles, ses cavernes servant de refuge et la pêche exceptionnelle qu’offre cette étendue d’eau. Les premiers Européens qui virent la fameuse baie sont Étienne Brûlé (1610 - 1611) et Samuel de Champlain (1615 - 1616) qui voyagèrent sur les rives de la baie lors de leurs séjours en Huronie.

On peut s’arrêter à plusieurs endroits le long de la côte ainsi que sur les îles de la baie. Les voyageurs seront choyés par les nombreux sites archéologiques qui témoignent des milliers d’années d’occupation par les Amérindiens.

Au cours du Régime français en Ontario, des postes de traite furent établis à plusieurs endroits autour de la baie. Le parc national des Îles-de-la-baie-Georgienne, le parc provincial Killbear et la municipalité de Killarney longent la baie Georgienne.

La Huronie

Cahiagué

Principal village de la tribu des Wendats, Cahiagué s’avère être l’endroit où Champlain put récupérer après avoir été blessé durant sa bataille contre les Haudenosaunee (Iroquois). Le site de Cahiagué est situé au nord du village de Warminister, sur la route 12. Une plaque bleue de la province de l’Ontario marque cet endroit comme un site d’importance.

Ossossané

Ce village est également l’un des principaux villages de la tribu des Wendats. Champlain visita celui-ci durant l’hiver 1615 - 1616. C’est là qu’il participa à la cérémonie du « festival des morts ». Cette cérémonie, qui a uniquement lieu à des intervalles de quelques années, consistait à ramasser les ossements des gens morts depuis la dernière cérémonie et à les enterrer à nouveau dans des ossuaires, c’est-à-dire dans des fosses communes.

Ossossané est un site historique national.

Mnjikaning

Situé à l’est d’Orillia entre les lacs Simcoe et Couchiching, Mnjikaning (qui signifie « l’emplacement de la clôture des poissons »), était l’un des meilleurs endroits pour la pêche dans la région. Durant plus de 4 500 ans, les Amérindiens y érigèrent des clôtures pour attraper les poissons lors de leur migration annuelle.

Champlain demeura à Mnjikaning avec ses compagnons wendats (hurons) et anishnabes (algonquins) avant d’entreprendre l’expédition fatale contre les Haudenosaunee (Iroquois) en septembre 1615. Champlain a par ailleurs décrit les clôtures à poissons dans son journal de bord. Après l’abandon du territoire par les Wendats (Hurons) en 1650, les Anishnabes (Chippewas) prirent possession du pays.

Mnjikaning fut désigné site historique national en 1982.

La rivière Trent

Le système de la rivière Trent, qui fait maintenant partie des sites historiques du Trent-Severn Waterway, fut, pour des milliers d’années, la principale voie navigable utilisée par les autochtones pour voyager entre la Huronie et l’extrémité est du lac Ontario. À l’arrivée de Champlain cependant, la navigation sur cette rivière était devenue trop périlleuse puisque le risque d’attaque par les Haudenosaunee (Iroquois) était trop élevé. La peur des Iroquois était tellement grande qu’une bonne partie du sud-est ontarien, incluant la vallée du Saint-Laurent, était de-venue un no man’s land.

Par contre, à l’automne 1615, Champlain, accompagné de plusieurs guerriers wendats (hurons) et anishinabes (algonquins) prirent la route de la rivière Trent jusqu’à la baie de Quinté et du lac Ontario. Ils passèrent par nombre de sites importants, dont certains sont toujours visibles aujourd’hui.
Champlain’s Landing

Le site de Champlain’s Landing était situé à l’embouchure de la rivière Talbot, à l’ouest du village de Gamebridge et au nord de Beaverton. Après la traversée du lac Simcoe, Champlain et ses alliés s’y reposèrent et se regroupèrent avant d’aller attaquer les Haudenosannee (Iroquois).

Même si aucune plaque ou marque de commémoration n’indique son emplacement, Champlain’s Landing était situé près du pont qui enjambe la rivière Talbot à l’intersection du chemin Shoreline et de la route de campagne 47. On peut y accéder facilement en empruntant la route 12 et en tournant à l’ouest à la 9e concession.

Champlain’s Rest

Après leur défaite contre les Haudenosaunnee (Iroquois), Champlain et les Wendats se retirèrent (Champlain étant blessé et sur une civière) jusqu’à ce plateau sur le lac Chemung où ils restèrent 38 jours.

Même s’il n’est aucunement identifié, le site du repos de Champlain était situé au cœur de l’actuelle municipalité de Bridgenorth, au nord de la chaussée, près du croisement des rues Ward et Communication.

Le pays des Pétuns

En 1615 - 1616, au cours de sa cohabitation forcée avec les Wendats (Hurons) à Cahiagué, Champlain voyagea vers l’ouest pour visiter un peuple connu sous le nom de la nation du tabac ou de la nation des Pétuns, à cause des plantations de tabac que l’on retrouvait dans leur pays. Par contre, il serait plus juste d’appeler ces Amérindiens les Tiononates ou de surnommer cette nation le peuple tionontetehronon.

Ce peuple vivait dans plusieurs villages situés sur les berges de l’escarpement du Niagara, de Collingwood à Stayner. Ils furent les alliés des Wendats (Hurons) et furent décimés avec eux par les Haudenosaunee (Iroquois) en 1649.

Ekarenniondi, the Rock That Stands Out

Le rocher remarquable the Rock That Stands Out est l’une des nombreuses formations géologiques intéressantes de la région de Collingwood. Une colonne verticale de calcaire ordovicien est complètement exposée sur l’escarpement à cause de l’érosion. Les Tiononates (Pétuns) croyaient que ce pilier de roche, qu’ils surnommaient « Ekarenniondi », marquait la route vers le « village des âmes ».

Champlain visita le village situé ici au début du 17e siècle. Même si le village d’Ekarenniondi n’y est plus, les voyageurs peuvent encore voir le rocher remarquable aux cavernes Scenic. Pour vous y rendre, allez en direction ouest sur la 1ère rue et ensuite sur l’extension de celle-ci. Continuez sur la rue Mountain qui devient la rue Grey 19. Tournez à gauche sur la promenade Mountain et encore à gauche sur la rue Scenic Caves jusqu’au haut de la montagne.

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