Silhouettes franco-ontariennes

Élisabeth Bruyère (1818-1876)

Université d’Ottawa, CRCCF, Collection générale du Centre de recherche en civilisation canadienne-française (C38), Ph123ph1-I-59

Élisabeth Bruyère commence à enseigner dès l'âge de seize ans dans une école de rang à Saint-Esprit, au Québec. Entrée en 1839 dans la communauté des Sœurs de la Charité, dites Sœurs Grises de Montréal, elle fait profession en 1841, puis enseigne aux orphelines qui lui sont confiées. En 1845, à l’âge de 26 ans, elle reçoit le mandat de fonder une nouvelle maison à Bytown et est choisie comme supérieure fondatrice de l’hôpital général de Bytown. Onze jours après son arrivée à Ottawa, elle ouvre une école bilingue dans un humble hangar de la rue Saint-Patrice. Deux mois plus tard, grâce à elle, le premier hôpital voit le jour, suivi de l'aménagement d'un orphelinat temporaire.

La congrégation des Sœurs Grises de la Croix de Bytown (aujourd'hui connue sous le nom des Sœurs de la Charité d'Ottawa) a une triple mission : l'éducation de la jeunesse, le service aux pauvres et le soin des malades. Elle connaît une expansion rapide puisqu'en 1848, c'est l'ouverture d'une école-pensionnat à Cornwall. L'année suivante, les Sœurs Grises ouvrent à Bytown leur premier pensionnat qui fut à l'origine du pensionnat de la rue Rideau (Pensionnat Notre-Dame-du-Sacré-Cœur), dans lequel des générations de jeunes filles ont reçu une éducation solide. De plus, les religieuses enseignent à des centaines d'enfants dans les écoles paroissiales de langues française et anglaise. En 1857, elles essaiment aux États-Unis pour desservir, en cinq écoles, la population franco-américaine, particulièrement dans l'État de New York. Des institutions de Sœurs Grises prennent naissance dans seize autres collectivités au Québec et en Ontario.

À cette liste imposante de réalisations s'ajoutent des œuvres caritatives au bénéfice des orphelines, des orphelins et des personnes âgées de la capitale nationale : entre autres, l'Orphelinat Saint-Joseph, l'Asile Saint-Patrice et l'Hospice Saint-Charles.

La compassion de Mère Bruyère la fait se pencher sur tous les besoins de l'heure : avec ses compagnes elle fonde une école du soir pour les mères de famille, organise des visites à domicile pour les personnes infirmes, malades et âgées, ainsi que des visites aux prisonnières et aux prisonniers. En plus d'assister les agonisants, elle apporte secours et protection aux sans-abri, aux jeunes émigrés sans emploi et aux jeunes filles repenties. En 1847, selon des statistiques, les sœurs accueillent 619 victimes de l'épidémie de typhus dans des abris de fortune. Lorsqu'une épidémie de petites vérole fait rage en 1871, les religieuses font preuve d'un dévouement remarquable.

Pendant 31 ans, comme supérieure générale, Élisabeth Bruyère assume la responsabilité de sa congrégation en dépit d'une santé fragile et de mille tracas financiers. Des démarches pour obtenir la béatification de cette vaillante pionnière, entreprises en 1978, progressent constamment comme le démontre le procès diocésain de juin 1989.

Un centre de santé à Ottawa porte son nom, le Centre de santé Élisabeth-Bruyère, et une plaque historique, située devant la maison-mère des Sœurs de la Charité d'Ottawa depuis août 1995, honore sa mémoire.

Depuis 1998, une école primaire de Kanata (Ottawa) porte son nom.

Née à L'Assomption, au Québec, le 19 mars 1818, elle meurt à Ottawa le 5 avril 1876 à l'âge de 58 ans

Citations :

Voir René Dionne, dans son Anthologie de la littérature franco-ontarienne des origines à nos jours, tome 1, pp. 554-573, ainsi que les Lettres d’Élisabeth Bruyère, recueillies par Jeanne d’Arc Lortie, 2 volumes, Éditions Paulines, 1989, 1992; aussi, les biographies d’Émilien Lamirande, Élisabeth Bruyère (1818-1876), fondatrice des Sœurs de la Charité d’Ottawa (Sœurs Grises), Éditions Bellarmin, 1992, et de Sœur Paul-Émile, Mère Élisabeth Bruyère et son œuvre. Les Sœurs Grises de la croix, tome 1 : Mouvement général, 1845-1876, Maison mère, 1945.

Orientation bibliographique et repères archivistiques :

Bordeleau, Huguette et al., Élisabeth Bruyère. Femme à l'écoute, femme à l'œuvre, fondatrice des Sœurs de la Charité d'Ottawa (Sœurs Grises de la Croix), Collection « Les Grands moments de l'Église canadienne », [Italie], Éditions Sadifa-Media, 1987.

Dufresne, Charles et al., Dictionnaire de l’Amérique française, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 1988, pp. 65-66.

Dionne, René, Anthologie de la littérature franco-ontarienne des origines à nos jours, tome 1 : les origines françaises (1610-1760), les origines franco-ontariennes (1760-1865), Sudbury, Prise de parole, Collection Histoire de la littérature franco-ontarienne, 1997, pp. 554-573.

Femmes de vision : fiches biographiques et stratégies d’intervention pédagogique, Lucie Brunet et al., [Ottawa], Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens, novembre 1991, n.p.

Lamirande, Émilien, Élisabeth Bruyère 1818-1876, fondatrice des Sœurs de la Charité d'Ottawa, Sœurs Grises, Saint-Laurent (Montréal), les Éditions Bellarmin, 1992.

Lettres d’Élisabeth Bruyère, présentées Jeanne d’Arc Lortie, vol. 1 : 1839-1849, Montréal, Éditions Paulines, 1989.

Lettres d’Élisabeth Bruyère, présentées par Jeanne d’Arc Lortie, vol. 2 : 1850-1856, Montréal, Éditions Paulines, 1992.

Sœur Paul-Émile (Louise Guay), « Bruyère (Bruguier), Élisabeth », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, pp. 116-117.

Sœur Paul-Émile (Louise Guay), « Élisabeth Bruyère », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. X, pp. 116-117.

Sœur Paul-Émile, Mère Élisabeth Bruyère et son œuvre : les Sœurs Grises de la Croix, tome I:, 184 Mouvement général, 1945-1876, préface de Son Éminence le Cardinal Rodrigue Villeneuve, Ottawa, Maison-Mère, 1945.

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