Silhouettes franco-ontariennes

Elizabeth Bertrand (1762-1827)

Lors de la guerre entre les États-Unis et le Canada de 1812-1814, la femme d’affaires Elizabeth Bertrand a joué un rôle capital. D’origine métisse, née à l’Arbre Croche (Cross Village), au Michigan, cette descendante d’un chef Outaouais épouse, en juillet 1776, à l’âge de 14 ans, David Mitchell, chirurgien au service du 8e régiment du roi de Grande-Bretagne. Elizabeth Bertrand a un talent exceptionnel pour les affaires et même si, sur papier, la Compagnie Mackinac fondée par le couple vers 1784 appartient à son mari, c’est elle qui la dirige. Bien qu’elle ne soit pas la seule femme à pratiquer la traite des fourrures, sa compagnie est, à l’époque, la plus importante de la région des Grands Lacs et son rayonnement comprend plusieurs États américains et une partie de l’Ontario d’aujourd’hui.

Le gouvernement britannique a beaucoup de respect et d’estime pour cette femme énergique et entreprenante qui comprend et connaît les cultures européennes et autochtones étant donné ses origines. Révérée par les autochtones qui la surnomment « Reine des fleurs », elle reçoit d’eux l’Isle Ronde en 1814, en reconnaissance de son rôle pendant la guerre.

En plus de gérer le poste de traite, Elizabeth Bertrand exploite une ferme prospère et sa famille connaît l’aisance. De 1816-1817 jusqu’à sa mort en 1827, Elizabeth Mitchell, née Bertrand, exploite une ferme, un commerce de fourrure et des magasins de détail aux îles Drummond et Mackinac. À l’âge de 45 ans, elle donne naissance au dernier de ses douze enfants. La plupart d’entre eux sont éduqués à Montréal ou en Europe, et s’orientent vers la médecine et le commerce.

Parlant couramment le français et l’anglais, elle maîtrise également plusieurs langues autochtones. Véritable leader, elle tient des conseils avec les membres des diverses tribus, selon la méthode traditionnelle de prise de décision qui repose sur le consensus. Grâce à ses relations cordiales avec les Amérindiens, elle réussit à les convaincre de se ranger derrière les Britanniques et de défendre le pays contre les forces américaines durant la guerre de 1812-1814. Grâce à son intervention, l’île Mackinac se trouve de nouveau entre les mains des Britanniques, sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré. Cependant, à la fin de la guerre, les Britanniques restituent tous les forts qu’ils ont capturés, trahissant ainsi leurs alliés autochtones.

Harcelée et accusée par les Américains d’espionnage, menacée d’emprisonnement à Détroit, Elizabeth Bertrand quitte furtivement l’Île Mackinac en canot, la nuit. Elle y retourne plus tard pour poursuivre le commerce des fourrures, mais avec l’expansion de l’American Fur Company, la Compagnie Mackinac perd son importance.

Elizabeth Bertrand est née à L'Arbre Croche (Michigan) et meurt à Mackinac le 26 février 1827.


Citation :

    « Quant les Américains attaquèrent sans succès l’île Mackinac à l’été de 1814, Elizabeth Mitchell s’occupa de recruter des alliés pour les Britanniques chez ses parents ouataouais de l’Arbre Croche. En témoignage de reconnaissance, les autorités lui accordèrent une allocation annuelle de £50 pendant deux ans. Les Sauteux la tenait aussi en grande estime. En novembre 1814, ils lui offrirent le titre de propriété de l’île Round, leur cimetière traditionnel situé à un demi-mille au sud-est de l’île Mackinac. »
        (Tiré du Dictionnaire biographique du Canada, vol. VI, p. 562).

Orientation bibliographique et repères archivistiques :

Armour, David Arthur, « David Mitchell », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. VI, pp. 561-564.

Dufresne, Charles et al., Dictionnaire de l’Amérique française, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 1988, pp. 50-51.

Femmes de vision : fiches biographiques et stratégies d’intervention pédagogique, Lucie Brunet et al., [Ottawa], Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens, novembre 1991, n.p.

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