Silhouettes franco-ontariennes

Germain Lemieux (1914-2008)

Né le 5 janvier 1914, à Cap-Chat, en Gaspésie, Germain Lemieux, chercheur, professeur, folkloriste, ethnologue, voire sculpteur et conteur, aime à se définir comme un touche-à-tout. Mais s’il fallait convenir d’une appellation pour cerner le personnage, ce serait « gardien de la mémoire franco-ontarienne ». Près de 50 années passées à sauver cette mémoire donnent au travail de ce pionnier la valeur de l’exemple : à travers la francophonie, son œuvre fait figure de référence. Infatigable défenseur de la culture terrienne, de source (souche) paysanne lui-même, Germain Lemieux s’est appliqué depuis 1948 à enregistrer, chez les paysans, des milliers de textes folkloriques, contes, légendes et chansons, qu’il a entrepris de faire connaître aux lettrés et aux étudiants.

Les contes et les chansons recueillis sont publiés dans la magnifique série Les Vieux m’ont conté, qui regroupe trente-trois volumes publiés entre 1973 et 1993. La qualité de ses travaux a été reconnue par plusieurs universités qui lui ont remis des doctorats honorifiques. Les efforts du « père Lemieux », comme l’appelle ses amis, seront maintes fois reconnus et récompensés par des prix, des médailles et des diplômes honorifiques tant au Canada qu’à l’étranger (France).

Originaire de Cap-Chat, marqué très tôt par sa Gaspésie natale, Germain Lemieux voulait se faire marin mais son avenir allait être tout autre. Il est élevé au sein d’une famille de 12 enfants, et est, dès son enfance, captivé par les histoires que racontent ses aînés. Après des études au Séminaire de Gaspé, il décide d’entrer chez les Jésuites en 1935 pour poursuivre une carrière dans l’enseignement. Ordonné prêtre en 1937, il est professeur au Collège du Sacré-Cœur de Sudbury, à l’Université Laurentienne, à l’Université Laval et à l’Université de Sudbury.

Incidemment, avec son arrivée en Ontario en 1941 commence sa longue carrière dans les études de folklore. C’est en enseignant la civilisation grecque au Collège du Sacré-Cœur de Sudbury, dans les années 1940, qu’il retrouve des similitudes entre la tradition orale canadienne-française et les mythes grecs. Germain Lemieux commence à enquêter en 1948 sous l’égide de la Société historique du Nouvel-Ontario. Le premier but était donc d’enregistrer des contes et des chansons. Vient plus tard l’idée de publier les résultats. Ses enquêtes folkloriques -- son aire de recherche -- l’emmènent en Gaspésie, dans la vallée de la Matapédia, au Nouveau-Brunswick, en Ontario et dans les environs de Saint-Boniface au Manitoba.

Pendant une trentaine d’années, il a sillonné les campagnes canadiennes pour colliger la tradition orale des ancêtres afin qu’elle ne soit pas perdue dans la nuit des temps. Germain Lemieux va de village en village, de maison en maison, pour enregistrer les documents oraux conservés dans la mémoire prodigieuse des aînés. En tout, il a receuilli plus de 1 000 versions de contes et de légendes, de même que 5 000 versions de chansons folkloriques.

Dans les années 1950, il obtient sa maîtrise en histoire, suivi d’un doctorat en études canadiennes. Il fonde l’Institut de folklore de l’Université de Sudbury en 1960, le département de folklore de la même université et, par la suite, le Centre franco-ontarien de folklore en 1972.

Docteur en études canadiennes, il publie, de 1973 à 1993 les 33 volumes de la collection Les vieux m’ont conté ainsi que plusieurs autres ouvrages dont La vie paysane et de nombreux articles sur le folklore. Son œuvre a donné lieu à un colloque tenu à l’Université de Sudbury en 1991 pour célébrer le cinquantième anniversaire de sa carrière franco-ontarienne. Le département de folklore de l’Université de Sudbury et le Centre franco-ontarien de folklore -- le troisième en importance en Amérique du Nord -- ont organisé un colloque soulignant les 50 années de recherches du père Lemieux en Ontario. Une fête est organisée en septembre 1998 pour souligner le cinquantième de sa première entrevue dans le nord de l’Ontario le 12 septembre 1948.

Œuvres principales de G. Lemieux :

  • Folklore franco-ontarien, chansons, I et II, Sudbury, Société historique du Nouvel-Ontario, 1949 et 1950.
  • Contes populaires franco-ontariens, I et II, Sudbury, Société historique du Nouvel-Ontario, 1953 et 1958.
  • De Sumer au Canada français. Sur les ailes de la tradition, Sudbury, Société historique du Nouvel-Ontario, 1968.
  • Les Jongleurs du billochet. Conteurs et contes franco-ontariens, Montréal/Paris, Bellarmin/Maisonneuve et Larose, 1972.
  • Les Vieux m’ont conté, Montréal/Paris, Bellarmin/Maisonneuve et Larose, 1973-1993, 33 volumes.
  • Chansonnier franco-ontarien, I et II, Sudbury, Société historique du Nouvel-Ontario/Centre franco-ontarien de folklore, 1974 et 1975.
  • Contes de mon pays, Montréal, Éditions Héritage, 1976.
  • Le Four de glaise, Laval/Sudbury, Les Éditions FM/Priase de parole, 1981.
  • La Vie paysanne, 1860-1900, Laval/Sudbury, Les Éditions FM/Prise de parole, 1982.


Citations du père Lemieux :

« On découvre dans les contes et légendes d’ici (Ontario) et dans les mythes grecs des choses identiques. Qu’on pense, par exemple, à Ti-Jean qui, comme Hercule dans le mythe d’Augias, doit nettoyer les écuries du roi. »

« Nos paysans, supposément analphabètes, étaient en réalité des savants. On ne peut pas mesurer la culture d’une personne par ses lectures, mais plutôt par sa créativité. Et pour ça, nos paysans sont pleins de ressources. »

« Mes enregistrements doivent servir aux générations à venir, pour qu’ils ne perdent pas ce lien précieux avec leur passé, s’ils veulent être vraiment Franco-Ontarien ou Québécois ou Canadiens. Les meilleurs liens qu’on a avec le passé, ce sont souvent les documents de tradition orale, des récits qui ont été conservés dans la mémoire, qui sont transmis d’une façon tout à fait naturelle, normale. Je suis content qu’on encourage ce lien avec les générations passées chez les jeunes. »

(Tirés de Jean-Pierre Pichette, « Germain Lemieux : la mémoire franco-ontarienne », dans Continuité, Québec, Commission des monuments et des sites, no 63, 1995).

Voir aussi Jean-Pierre Pichette, Répertoire ethnologique de l’Ontario français, Ottawa, PUO, 1992, pp. 34-42.

Orientation bibliographique et repères archivistiques :

Dufresne, Charles et al., Dictionnaire de l’Amérique française, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 1988, p. 218.

Gay, Paul, La Vitalité littéraire de l’Ontario français. Premier panorama, Ottawa, Les Éditions du Vermillon, Collection « Paedagogus » no 1, 1986, pp. 52-53; pp. 114-115.

Hamel, Réginald, John Hare et Paul Wyczynski, Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, Montréal, Éditions Fides, 1989, pp. 867-868.

Pichette, Jean-Pierre, « Germain Lemieux : La mémoire franco-ontarienne », dans Continuité, Québec, Conseil des monuments et des sites du Québec, numéro 63, 1995, pp. 40-43.

Pichette, Jean-Pierre (dir.), L’Oeuvre de Germain Lemieux, s.j., Bilan de l’ethnologie en Ontario français, Collection Ancrages, Sudbury, Prise de parole/Centre franco-ontarien de folklore, 1993.

Pichette, Jean-Pierre, Répertoire ethnologique de l’Ontario français : Guide bibliographique et inventaire archivistique du folkore franco-ontarien, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 1992, pp. 61-66.

Sylvestre, Paul-François, Le répertoire des écrivains franco-ontariens, Sudbury, Prise de parole, 1987, pp. 57-58.      

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