Silhouettes franco-ontariennes

Jean Cadieux (1671-1709)

Personnage semi-légendaire relié à l'histoire de l'Outaouais, voyageur, poète et guerrier, Cadieux est connu pour avoir écrit sur un morceau d'écorce son "chant de mort". C'est sur cette écorce de bouleau qu'il écrit une chanson appellée Complainte de Cadieux relatant les circonstances de sa mort. Sa complainte deviendra célèbre parmi les voyageurs.

Cadieux, voyageur interprète marié à une Algonquine, faisait la chasse et la traite avec les Amérindiens pour le compte des marchands. Vers 1709, au temps des dernières expéditions des Iroquois, Cadieux, parti en canot du Témiscamingue, s'arrêta à la pointe sud de l'île du Grand Calumet au portage des Sept-Chutes. Les membres de l'expédition ne tardèrent pas à s'apercevoir qu'ils étaient surveillés par des Iroquois qui se trouvaient à environ une lieue en bas du portage des Sept-Chutes. Pour échapper aux Iroquois, il fallait sauter les rapides, chose invraisemblable, et pendant ce temps, créer une diversion. Cadieux, s'adjoignit donc un jeune Algonquin auquel il avait entièrement confiance. Les canots s'engagèrent donc dans les terribles courants. Hommes et femmes, au bout de chaque canot, cherchaient à régulariser leurs mouvements et à éviter les rochers. On s'était recommandé à Sainte-Anne et on priait. « La seule chose que j'ai vue, de dire la femme de Cadieux, c'est une grande dame blanche qui est apparue devant nos canots et qui nous a montré la route ». Les canots furent sauvés et en peu de jours ils se retrouvèrent au lac des Deux-Montagnes.

Qu'advenait-il de Cadieux et son Amérindien pendant ce temps? Ils durent déjouer les Iroquois avec ruse et hardiesse afin de leur échapper. Malheureusement le jeune Algonquin y laissa sa vie.

Les Iroquois battirent la forêt pendant trois jours afin de retrouver les traces des familles, ne pouvant s'imaginer qu'elles avaient pu entreprendre de descendre les rapides. Cadieux passa alors trois jours et trois nuits sans sommeil et sans repos.

Une dizaine de jours s'étaient écoulés depuis le départ des voyageurs et Cadieux ne les avait pas encore rejoints. Trois d'entre eux remontèrent donc l'Outaouais. Arrivés au portage des Sept-Chutes, ils trouvèrent un petit abri qui semblait abandonné et décidèrent de pousser leurs recherches plus loin. Sur le chemin du retour, ils aperçurent une croix de bois au bord d'un sentier. Cette croix fut plantée à la tête d'une fosse dans laquelle gisait le corps de Cadieux à demi recouvert de branches vertes. Sur la poitrine de ce dernier reposait un large feuillet d'écorce de bouleau couvert d'écriture.

Cette écorce devait révéler le mystère de sa mort et en expliquer les circonstances. Épuisé, inquiet et souffrant, Cadieux affaiblissait de jour en jour. Il avait vu et reconnus ses sauveteurs, mais était resté figé de surprise et d'émotion. Lorsqu'il les a vus s'éloigner, il perdit tout espoir et se prépara pour sa mort qu'il sentait proche.

Les coureurs de bois ont toujours entretenu une croix de bois sur l'île du Grand Calumet à la mémoire de Cadieux. Au début du siècle, la croix a été remplacée par un monument de pierre qui existe toujours.

Jean Cadieux, fils de Jean et de Marie Valade, est né à Montréal le 12 mars 1671 et épouse Marie Bourdon le 30 mai 1695 à Boucherville. Il laisse une postérité et est l'ancêtre de presque toutes les familles Cadieux du comté de Prescott (Ontario).

  • (Larges extraits tirés d'un article de Gabrielle Parisien-Bertrand, « La légende de Cadieux », paru dans Le Chaînon, bulletin de la Société franco-ontarienne d'histoire et de généalogie, no 10, vol. 2, automne 1992, pp. 8-9).


NOTA:         Il y a de nombreuses versions de la Complainte de Cadieux. Voir Jean-Pierre Pichette, Répertoire ethnologique de l'Ontario français, Ottawa, PUO, 1992.

Orientation bibliographique et repères archivistiques  :

Dufresne, Charles et al., Dictionnaire de l’Amérique française, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 1988, p. 68.

Green, Mary M., Cadieux, Toronto, Holt, Rinehart and Winston, 1971.

Grisé, Yolande, Des mots pour se connaître. Anthologie de textes littéraires franco-ontariens, Montréal, Éditions Fides, 1982. [Sur Cadieux, pp. 65-67].

Ouimet, Raymond, « La légende de Cadieux », dans LeDroit, Ottawa-Hull, 6 avril 1998, p. 6.

Parisien-Bertrand, Gabrielle, « La légende de Cadieux », dans Le Chaînon, Ottawa, Société franco-ontarienne d’histoire et de généalogie, vol. 10, no 2, automne 1992, pp. 8-9.

Pichette, Jean-Pierre, Le répertoire ethnologique de l’Ontario français : Guide bibliographique et inventaire archivistique du folklore franco-ontarien, Préface de René Dionne, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, Collection Histoire littéraire du Québec et du Canada français, 1992.

Robert Potvin, « Cadieux : l’épopée d’un coureur de bois », dans Asticou, Hull, Société historique de l’Ouest du Québec, no 13, automne 1974, pp. 10-14.

Scott, Marc, Contes et récits de l’Outaouais, Buckingham/Plantagenet, Les Éditions du Chardon Bleu, 1996, pp. 65-72.

Taché, Joseph-Charles, Forestiers et voyageurs, Préface de Luc Lacourcière, Montréal, Éditions Fides, Collection du Nénuphar, 1975. [Sur Cadieux, pp. 134-142].

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