Silhouettes franco-ontariennes

Robert Gauthier (1902-2001)

Université d'Ottawa, CRCCF, Fonds Robert-Gauthier (P255), Ph183-3

Si Robert Gauthier ne s’était pas lancé en éducation, le système des écoles françaises en Ontario n’aurait pas la même vigueur. Son nom n’est pas mentionné aussi souvent que ceux des Samuel Genest, des Aurélien Bélanger, des Philippe Landry ou des Napoléon-Antoine Belcourt, mais sa participation dans la bataille pour l’obtention des droits scolaires des francophones n’est pas moins grande.

L’aîné d’une famille de sept enfants, il déménage à Ottawa en 1911 alors que son père, un médecin, est élu député de Gaspé à la Chambre des communes. À l’âge de 12 ans, Robert Gauthier prend le chemin du collège. Il est inscrit à l’Université d’Ottawa et y passe les prochaines sept années. Fatigué des études, il accepte un poste de commis au recensement mais il décide toutefois, deux ans plus tard, de retourner à l’Université pour obtenir son baccalauréat ès arts. En 1926, il obtient son diplôme d’enseignant des écoles secondaires du collège d’éducation de Toronto. À l’automne 1926, il est nommé adjoint du principal de l’école modèle de Vankleek Hill, l’une des trois institutions assurant la formation des maîtres pour les écoles bilingues.

Suite à l’abolition du Règlement XVII, Robert Gauthier est embauché comme inspecteur des écoles françaises et bilingues et il arrive à Cochrane en novembre 1927. Il a 25 ans, le plus jeune inspecteur jamais nommé. Mais, à peine installé, on lui demande d’aller prendre la responsabilité des écoles à Windsor. Il devait rester dix ans comme inspecteur des écoles de Windsor-Essex.

En 1937, Robert Gauthier accepte de devenir le directeur de l’enseignement français en Ontario. Il arrive à Toronto, le 12 juillet, en pleine procession des Orangistes. Dès son entrée en fonction, Robert Gauthier complète un recensement du système qui met en lumière un encombrement anormal d’élèves dans les classes inféreieures. Des élèves qui ont jusqu’à 15 ans sont encore en 1ère et 2e année. Le nombre d’élèves qui atteint la 8e année est minime, 26%, alors qu’il atteint 80 à 90% du côté anglais.

L’une de ses premières réalisations pour enrayer cette sérieuse lacune scolaire consiste à établir un concours annuel de français à l’élémentaire (1938) et au secondaire (1943) à la grandeur de la province. Par ailleurs, ce fameux concours provincial de français, qui réunissait à Ottawa, chaque année, des enseignants, des commissaires d’écoles et des parents, a donné naissance à l’Association des enseignants franco-ontariens (AEFO) et aux API (Association parents-instituteurs). Le concours, depuis 1938, a aidé un grand nombre de jeunes Franco-Ontariens à poursuivre des études supérieures (universitaires) dans leur langue maternelle et plusieurs gagnants du concours occupent une place de choix dans la société ontarienne et canadienne.

En 1949, il se rend en voyage d’études de quatre mois dans six pays d’Europe sur l’enseignement du français et revient très impressionné. En 1950, il fonde les jardins d’enfants dans les écoles françaises et crée des cours de correspondance en français. Il a joué un rôle de premier plan dans l’établissement de l’école secondaire d’Eastview (aujourd’hui connue sous le nom d’école secondaire André-Laurendeau), une des premières écoles secondaires publiques de langue française de l’Ontario.

Une de ses recherches pédagogiques (la méthode Tan-Gau) a inspiré l’émission de télévision « Chez Hélène », qui se basait sur une méthode conçue par lui. Après 38 années de service au ministère de l’Éducation, dont 27 comme directeur des écoles françaises, Robert Gauthier a pris sa retraite en 1964 et a enseigné la littérature française à l’Université des Antilles jusqu’en 1966. En 1967, il était chef de l’inspection dans les écoles de langues de la Fonction publique du Canada.

Marié à Juliette Roy, il est le père de quatre enfants.

Né à Cap-Chat, en Gaspésie, le 10 avril 1902, du mariage de Louis-Philippe et de Marie-Antoinette Thibault. Il meurt à Ottawa le 25 mars 2001 à l'âge de 99 ans.

Citations :

    « Au cours d’une longue et brillante carrière en éducation, menée de 1926 à 1967, Robert Gauthier a constamment réfléchi à la question linguistique et au rôle particulier que l’école doit jouer dans l’épanouissment de la langue française. »
        (Tiré de Robert Gauthier, Questions de langue, question de fierté, Vanier, Éditions L’Interligne, 1993).
   
    Voir aussi Paul-François Sylvestre, Le Concours de français : une page d’histoire franco-ontarienne, Sudbury, Prise de parole, 1987.

Orientation bibliographique et repères archivistiques :

Barrette, Jean-Marc et Josée Therrien. Hommage aux Premiers Prix. Textes d’hommages, palmarès complet des Premiers Prix, textes composés par les lauréats et les lauréates du Concours provincial de français de l’Ontario, photographies, documents d’archives, Ottawa, Association des anciens de l’Université d’Ottawa, 1992.

Dufresne, Charles et al., Dictionnaire de l’Amérique française, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 1988, pp. 163-164.

Fonds Robert-Gauthier, P255, Centre de recherche en civilisation canadienne-française, Université d’Ottawa (Guide des archives du CRCCF, pp. 108-109).

Gauthier, Robert, Questions de langue, question de fierté, Vanier, Éditions L’Interligne, 1993.

Morin, Daniel, « 38 années au service des écoles françaises », dans Le Droit, Ottawa,
14 mai 1984; « Enseignement en français : tout change en 1927 » et « Des progrès par étapes », dans Le Droit, Ottawa, 14 mai 1984.

« Retrouvailles des anciens lauréats du concours de français », dans Le Droit, Ottawa,
17 janvier 1985, p. 40.

Sylvestre, Paul-François, Le Concours de français : une page d’histoire franco-ontarienne, Sudbury, Prise de parole, 1987, pp. 25-29; pp. 55-63.
    
    
 

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